04 Feb 26
[FR] Never Give Up on Anything with Moussa Camara

Podcast summary
In this new episode of the leadeship positif Podcast, I have the honor of welcoming Moussa Camara, a visionary entrepreneur and tireless bridge-builder who is reshaping the face of entrepreneurship in France.
Founder of the association Les Déterminés, Moussa has devoted his life to a simple yet powerful conviction: talent is everywhere, even if opportunities are not. His mission? To unleash the potential of entrepreneurs from underprivileged neighborhoods and rural areas by connecting them to business networks.
But to understand the man, we need to go back to the beginning of his journey. It all started in Cergy-Pontoise, in the "Croix-Petit" neighborhood. A child from a large family originally from Mali, this is where he launched his very first "business": a cart-return service at the local supermarket. A school of humility and hard work.
In our conversation, we dive into the heart of his incredible resilience. We speak candidly about how he transformed the failure of his first company (logistics and telecoms) into a springboard to build something greater. It’s a true masterclass in "Grit" — that combination of passion and perseverance I had discussed with Angela Duckworth.
Finally, we look to the future. Together, we explore how to build ecosystems that truly reflect our society. Moussa shares his ambitious vision with the launch of Time4, an investment fund created in partnership with Daphni, HEC and Live for Good, designed to finance those too-often-overlooked entrepreneurs who are nonetheless building the economy of tomorrow.
In this episode, we discuss:
- Roots: His childhood in Cergy and the work ethic instilled by his family and his first job with shopping carts.
- The Guts of an Entrepreneur: How to bounce back after bankruptcy and turn anger into positive energy.
- The Movement: The creation of Les Déterminés to build a bridge between “the street” and the boardrooms.
- The DNA: Why “Never give up on anything” is a vital survival skill.
- The Future (Time4): Our shared ambition to finance excellence, wherever it comes from.
Moussa reminds us that Positive Leadership is not just about climbing the ladder, but about building the elevator for others.
🎧 If you enjoyed this conversation, also discover:
- Angela Duckworth (On the power of "Grit"): Lien
- Fred Swaniker (The next generation of African leaders): Lien
- Pierre Dubuc (Education for all with OpenClassrooms): Lien
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Transcript
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Bienvenue dans ce nouvel épisode du Positive Hierchi podcast. Aujourd'hui, j'accueille un entrepreneur, un leader associatif que je connais vraiment pas mal du tout, en fait, et avec qui je partage une conviction profonde. L'entrepreneuriat peut transformer des trajectoires de vie, et en particulier pour des jeunes qui grandissent, en fait, loin des réseaux, des codes et des opportunités habituelles qu'ont plein d'autres gamins ou jeunes. Alors nos chemins se sont croisés à de nombreuses reprises au fil des années, à travers nos engagements respectifs. En fait, d'un côté, les Déterminés, de son côté. Du mien, ça s'appelle Live for Good. Deux initiatives, finalement, qui ont une même conviction, je pense, c'est faire confiance aux talents cachés, aux talents cachés ou ignorés. Là où trop souvent, la société ne voit que des manques, que des déficits. Mais en fait, mon invité est un bâtisseur de passerelles entre les quartiers populaires, les zones rurales aussi, le monde de l'entreprise, entre l'énergie et la structuration, entre le potentiel et la réussite durable. En 2023, il co-signe le livre Déterminé. Comment trouver la force de vaincre. Il a reçu aussi la plus belle reconnaissance en tant qu'entrepreneur social en 2021, en devenant un fellow tout simplement du réseau Ashoka. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est le plus beau réseau des entrepreneurs sociaux du monde. Il y en a plus de 4000 dans le monde. C'est un réseau extraordinaire. J'avais d'ailleurs eu ce podcast, pour ceux qui ont envie de l'écouter, le fondateur Bill Drayton de ce réseau, qui est un monsieur incroyable. Et enfin, dans notre pays, il a eu tout simplement des mains de Président Macron, il a reçu l'ordre national du mérite. Et donc, c'est avec beaucoup de respect et d'amitié que je reçois aujourd'hui Moussa Kamara, fondateur des Déterminés. Moussa, bienvenue. Grande, très chaleureusement, à ce podcast à toi.
MOUSSA CAMARA: Merci Jean-Philippe pour ton invitation. C'est un plaisir aussi pour moi d'être autour de ce micro pour parler de mon expérience, comme tu l'as si bien présentée. On se rejoint, on a des valeurs communes. Et surtout, on partage le constat que le talent n'a pas d'adresse. Ce sont les opportunités qui manquent.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Absolument. J'adore ton entrée en matière. Moussa, je pense qu'on vit ça tous les deux avec passion. Alors, j'aimerais commencer là où je commence souvent mes discussions, Moussa, avec la famille. Pour moi, c'est la première communauté. Je pense que pour toi aussi, elle est très forte. On a tous des racines, des familles. Et toi, tu viens d'une grande famille. Je crois que vous étiez neuf, huit enfants, c'est ça ? D'origine malienne, avec des parents qui ont émigré en France à un moment donné. Alors, quelles sont les valeurs, justement, les convictions, ce que tu as appris de tes parents, ta famille, avec ce passage et cette vie en France ? C'est quoi ces premières années et comment ça s'est passé ?
MOUSSA CAMARA: Déjà, moi, mes parents sont arrivés dans les milieux des années 70, en France. Nous, on n'était pas encore nés, mais ils sont venus pour travailler, ils ont beaucoup travaillé. Et c'est vrai que moi, depuis tout petit, j'ai toujours vu mes parents travailler, se lever le matin, travailler, faire le travail quoi. Et du coup, déjà petit, j'avais aussi ce rapport à la valeur du travail qui était hyper important. Et très organisé, parce que voilà, avec 8 frères et sœurs, il faut s'organiser, mais il y avait quelques valeurs qui nous ont été inculquées, qui étaient hyper importantes, c'était le respect, c'était... c'était surtout le partage, et l'entraide et tout, il faut qu'on s'entraide et tout, etc. Ma mère était très, très à cheval sur ces sujets-là, et surtout le cadre, c'est-à-dire de bien ranger sa chambre. Il y avait des règles, et c'était important de s'y tenir jusqu'à aujourd'hui, parce que voilà...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Quelles sont les règles de ta maman, tu te rappelles encore aujourd'hui ?
MOUSSA CAMARA: C'était de toujours ranger sa chambre, de faire attention quand tu sortais. Elle nous contenait, quoi. Et surtout, il ne fallait pas poser le problème à l'extérieur. C'était important. Et surtout l'école. Et même si eux n'avaient pas forcément fait des études, pour eux, l'école, c'était très important. C'était obligé. Une heure d'absence, ça ne passait pas chez moi, quoi. Donc voilà, en même temps...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ils étaient vraiment hardcore, mais du coup ça t'a beaucoup structuré et tu es très rigoureux.
MOUSSA CAMARA: Il y avait un cadre, c'était important d'avoir un cadre. Et mes parents ont beaucoup contribué à ça parce qu'on n'est pas assez reconnaissant, mais moi, les premiers entrepreneurs, les premiers Déterminés, c'est mes parents.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ce sont tes parents ?
MOUSSA CAMARA: Bah oui, ils viennent dans un pays où ils ne maîtrisent pas la langue, ils ne connaissent personne. Finalement, ils élèvent leurs enfants, ils travaillent tous les jours, etc. C'est important d'avoir cet exemple d'inspiration au quotidien. Et dès le plus jeune âge, ça marque, ça reste.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et de la partie aussi malienne d'origine, qu'est-ce que tu en retires, qu'est-ce que tu en gardes, les fiertés que ce soit ? Ça peut être au niveau de la cuisine, ça peut être au niveau de...
MOUSSA CAMARA: La tradition... Non mais c'était important parce que déjà le lien... Moi j'ai connu assez tard mon pays d'origine, parce que je crois que la première fois que j'y suis allé c'était à 12 ans. Et donc parce que c'était cher pour aller là-bas, les billets d'avion etc. Et c'est vrai que nous, la culture, elle a toujours été là avec les oncles, les cousins qui étaient aussi présents et tout, les tantes et tout. Bah d'une manière ou d'une autre, la culture malienne était présente à la maison et tout, mais en même temps ça nous a inculqué pas mal l'esprit de famille je pense. C'est important chez nous d'avoir cet esprit de famille, d'être important. Chaque membre de la famille était important. Et ça, les parents nous ont tout le temps rappelé ça. Et ça, ça venait un peu de là où on venait, du village, des origines, etc. Après oui, c'est la culture, c'est la bouffe, c'est des codes, etc. de respect, d'humilité, beaucoup d'humilité. Et surtout, voilà, aujourd'hui, moi, quand je vois mon village, je vois que nos parents, à l'époque, en fait, ils travaillaient ici, ils gagnaient très peu parce que ce n'étaient pas des métiers à haute valeur ajoutée. Mais en même temps, ils faisaient vivre tout un village aussi qui... Il y avait cette chaîne, qui s'est perdue avec le temps, parce que nous, on est des générations où même si on a un lien direct, il est moins intense que celui qu'avaient nos parents. La plupart de nos vies sont ici, nos familles sont ici...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Mais tu retournais...
MOUSSA CAMARA: Dans ton village.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ouais, j'y retourne et tout, etc.
MOUSSA CAMARA: Tu as des liens, toujours.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: On garde des liens, mais...
MOUSSA CAMARA: Ce n'est pas pareil, moi je ne suis pas né là-bas, je n'ai pas... Voilà, un peu mon village ça a été mon quartier à l'époque, à Sergy, à Croix-Petit, entre guillemets, chacun. Mais c'est vrai que c'était important pour nous de garder cette histoire parce que c'était important de savoir d'où on venait, d'où nos parents venaient, nos grands-parents, etc. Et on essaie de transmettre ça aussi à nos neveux, nos enfants, nos générations qui arrivent, et ça c'est important.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et on le ressent. Quand on te connaît, on va en parler beaucoup ensemble, on ressent ces valeurs très fortes d'humilité, de solidarité dans ton parcours et dans ce que tu fais. J'ai reçu en podcast, il y a plus d'un an, un an et demi, une autre entrepreneure d'origine africaine que tu connais peut-être, Apsatou Sy. Apsatou, elle m'a raconté aussi dans son enfance, c'était intéressant, que petite, je ne sais pas si elle avait 12-13 ans. En fait, elle a gagné ses premiers francs en faisant les courses pour tous les gens de sa tour. Et c'est comme ça qu'elle a commencé à faire un petit business, un petit boulot. Elle a redonné une bonne partie de l'argent à ses parents, mais elle l'a gardé pour elle, bien sûr, pour s'acheter des baskets ou autre, un truc comme ça. Et toi aussi tu as commencé à faire des petits boulots, des petits jobs, c'était quoi tes premiers ?
MOUSSA CAMARA: Ça me parle parce qu'en vrai, comme je disais, nous, nos parents ne gagnaient pas des centaines, des milliers d'euros pour nous permettre de vivre, c'est-à-dire dès qu'on avait un peu cette autonomie de pouvoir gagner un peu d'argent de poche, c'était hyper important d'être astucieux, de trouver des idées. Et moi, des petits boulots, on les enchaînait avec mes potes et mes amis. On réparait des vélos qu'on retrouvait à droite à gauche. On leur faisait une seconde vie. C'était un peu l'économie circulaire. J'étais déjà dans l'économie circulaire.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Avant que ça soit populaire.
MOUSSA CAMARA: Et ça, c'était dans les années 90. Et en réalité, après, on les revendait à la brocante. Tout le monde faisait 50 francs, 100 francs la journée. On était heureux, c'était énorme pour nous à l'époque. Et après, plus on grandissait, on avait d'autres idées. Nous, on savait qu'on avait un bailleur à l'époque qui était la SIC, qui était un groupe qui devenait CDC Habitat. C'était eux qui géraient un peu le quartier en fait. C'était les bailleurs du quartier. Et à chaque fois, on venait tout le temps avec des idées. Depuis qu'on est petit, on pouvait faire ça. On avait plein d'idées. Un jour, on ne partait pas en vacances, nous l'été la plupart du temps, c'était compliqué et tout. Mais en même temps, on trouvait des petits jobs. Et je crois qu'on avait proposé une idée de refaire les devantures des immeubles. Il y avait des petites barrières à repeindre et à reponcer. Et en fait, on a fait un chantier pendant une semaine. On a gagné peut-être 300 francs, 400 francs. C'était la première mission de petits jobs qu'on a faite. Après, on en a fait un deuxième l'été d'après. Et en fait, on s'occupait.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Tu étais déjà entrepreneur avec tes copains, vous étiez... Oui c'est ça, et puis vous profitiez un petit peu... On à client court parce allait qu'il.
MOUSSA CAMARA: Il y avait le marché opus de client court et on achetait un peu nos habits de la rentrée parce qu'on était fiers de pouvoir faire ça parce que là c'était de l'argent qu'on avait gagné nous-mêmes, sans demander à personne et c'était intéressant et c'était une expérience et ce sont des petits boulots comme ça. Après très vite, à l'âge de 15 ans, 16 ans, on est monté dans une forme d'organisation un peu plus astucieuse où on savait qu'il y avait une problématique avec l'hypermarché du coin.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: J'entendais parler d'une histoire de caddie.
MOUSSA CAMARA: Oui, c'est ça. Comme à l'époque, tout le monde n'avait pas de voiture pour faire les courses, il y avait des caddies à disposition à l'entrée du Franprix à l'époque, et qui est devenu le Leader Price après. Je ne sais pas si on peut faire de la pub, mais en même temps, c'était... Tout le monde prenait des caddies.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ils les abandonnaient après?
MOUSSA CAMARA: En fait, ils s'appropriaient dans tous les quartiers pour les prendre, pour les ramener en bas de chez soi et se permettre de monter ses courses. Mais pour les ramener à nouveau au magasin, il n'y avait plus personne. Et à chaque fois finalement, tu venais au magasin faire tes courses, il n'y avait plus de caddies parce que les caddies, ils étaient dispersés partout. Donc du coup, dès que tu voyais un caddie en chemin, tu le prenais et tu repartais avec. Et du coup, on s'est dit, c'est dommage et tout, on est partis voir l'ancien directeur. Je crois qu'il s'appelait Francis, ou François. Non, Thierry. Il s'appelait Thierry, exactement. Et on est allé voir Thierry, on lui a dit Thierry, c'était le patron du supermarché. Et en fait, on est partis le voir, on lui a dit écoute, on a trouvé une solution à ton problème. Pour éviter que les gens se baladent et que tes caddies soient partout dans.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: La ville, nous on te propose que.
MOUSSA CAMARA: Chaque semaine, on te ramène 30 caddies. Et tu nous files 30 caddies minimum par semaine. Et en fait, c'était 300 francs. À chaque fois, ils nous donnaient 300 francs par semaine. Et du coup, on a commencé comme ça.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: 10 francs par caddie.
MOUSSA CAMARA: 100 francs par caddie.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: 10 par caddie, c'est 300. Oui, donc c'était un business de caddies qui a grandi, mais tu n'avais pas créé une boîte. C'était vraiment avec ta bande de potes. Tu fais la main avec le gars, tu lui dis, avec Thierry, tu lui disais...
MOUSSA CAMARA: On nous donnait ça en noir, on n'était pas déclarés déjà, on était mineurs. Je ne sais pas si on avait droit, mais bon, il y a prescription, ça fait plus de 20 ans maintenant. Mais c'était intéressant, c'était bien, c'était une belle expérience. Moi, ça m'a mis le pied à l'étrier avec le goût du travail et tout. Et voilà, j'ai gagné de l'argent à 15-16 ans, quoi. 300 francs par semaine avec mes trois amis qu'on partageait. Ça nous faisait 100 francs la semaine. On était heureux. Après, c'est passé en euros et depuis l'euro, on a...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Alors on va s'attarder un petit peu, Moussa, sur ton quartier. Tu étais à Cergy, quartier de la Croix-Petit. Alors j'aimerais que tu nous dises un petit peu, tu nous décrives un peu à quoi il ressemblait ce quartier, parce que je sais qu'il a beaucoup changé à un moment donné. Et surtout, avant de rentrer dans les chantiers et les changements qu'il y a eu, toi, ce que tu retires aujourd'hui, bien des années après, de ce qu'il y a eu de positif dans cette vie de quartier. Et puis, de l'autre côté, ce qui franchement craignait ou tu t'en serais passé dans le quartier. Le très bon, le super et le truc que franchement, tu dis ça, c'est relou.
MOUSSA CAMARA: Déjà, moi, j'ai vu les populations évoluer dans le quartier. Moi, je suis né dans un quartier, il y avait déjà un héritage. Parce que ce fut l'un des premiers quartiers de Cergy. Et ils avaient accueilli les familles, à l'époque, qui venaient des bidonvilles de Nanterre, d'Argenteuil, etc. Donc nous, on a... C'est un quartier, déjà, qui est au centre-ville, presque au centre-ville de la ville de Cergy, ville-préfecture, pas très loin de l'Essec, etc. C'est un quartier qu'on a créé uniquement avec aucune route à l'intérieur, mais que des ponts. Voilà, c'est pour ça que c'était... Et genre, le nom du quartier, parce qu'il y avait une croix en fait, c'était, je crois qu'il y avait un cimetière ou une église, ça s'appelait la Croix Petit en fait, c'est comme ça. Et depuis tout le temps, nous on est nés dans ce quartier-là, on est arrivés, à mon époque, le quartier avait déjà un héritage d'une mauvaise image qui était là, à peu près des anciens quoi. Et du coup, nous, on grandit dans ça et on ne comprend pas quand on est dessus parce qu'on a un souci, il y a plein de choses qui ne se passent pas. Il y avait quelque chose qui était hyper intéressant. C'est un village, ce quartier, parce que toutes les familles se connaissaient. Il y avait une entraide, il y avait un partage, il y avait une solidarité. Et dès qu'il y avait... C'était un quartier qui était... Si on demande à tous les gens de l'agglomération de Cergy, même s'il existe depuis 2004 à peu près, parce qu'il a été totalement détruit dans le cadre d'un programme en rue. En fait, il a marqué tellement l'empreinte et les esprits de la ville de Cergy Pontoise que finalement aujourd'hui c'est resté. Il y avait une vraie réputation parce que autant il y avait du bien, autant il y avait aussi des côtés négatifs, c'est un quartier qui a tellement marqué. Mais en fait, avoir grandi dans ce quartier-là, c'est un héritage. Moi, je me rappelle, on faisait des kermesses à l'époque, qui mobilisaient toute la ville, presque tous les quartiers. Et les gens s'en rappellent aujourd'hui. Ça les a marqués. Il y avait aussi les nettoyages du printemps qu'on faisait avec monsieur et madame Zamorano, qui avaient fui la dictature de Pinochet à l'époque. Et qui étaient arrivés dans ce quartier-là, qui nous ont inculqué, moi qui m'ont inculqué personnellement, ces valeurs de citoyenneté, d'engagement, de se mobiliser pour les autres. Et depuis tout petit, en fait, ils le faisaient avec nous, et plus on grandissait avec eux, plus on est resté, en fait. Et voilà, c'est un quartier qui avait une mauvaise réputation, après, par la suite, parce qu'il y avait de la violence. Parce que quand vous mettez les mêmes familles qui vivent dans les mêmes conditions, dans les mêmes quartiers, avec très peu de moyens, etc. Nous, il y avait très peu de vie sociale dans le quartier, c'est-à-dire il n'y avait pas forcément de maison de quartier, de centre social, etc. Non, on s'organisait entre nous et du coup il y avait des choses un peu à côté mais pas dans le quartier.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Le quartier.
MOUSSA CAMARA: Parce que c'était un quartier qui avait une mauvaise pub. Il fallait changer un peu tout ça. Et donc, nous, on a hérité de tout ça. On a hérité de tout ça. En tout cas, je te parle de ma génération au-dessus de nous. Et du coup, on était un peu pointés, un peu du doigt, on va dire entre guillemets. Et ça nuit à beaucoup de choses. Parce que même si tu cherchais un stage, le fait qu'il y avait l'adresse de tel quartier dans ton CV, c'était presque impossible de dégriller. Donc fallait changer tout ça à un moment donné.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Alors, je sais qu'à un moment donné, il y a eu un grand chantier de rénovation. Et il me semble aussi, je ne sais pas si tu jouais au foot, ou tu joues peut-être toujours au foot ?
MOUSSA CAMARA: Non, on a toujours joué. Dimanche, c'était le jour de foot, quoi.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Parce que vous aviez un terrain de foot. Et je crois qu'à un moment donné, tu t'es battu avec tes copains pour garder le terrain de foot.
MOUSSA CAMARA: Ça, c'est venu un peu après, parce qu'en 2004, il y a un programme en rue, l'agence de rénovation urbaine, qui avait été lancé par l'ancien ministre de la ville, qui était Jean-Louis Borloo. Et en fait, il consistait à rebâtir les quartiers populaires en détruisant un peu ce qu'ils appelaient les ghettos sociaux, pour reconstruire, en fait, des nouveaux quartiers avec accession à la propriété, des logements intermédiaires, très peu de logements sociaux. Et nous, avec le maire, le maire avait décidé que la ville de Sergey allait être candidate pour avoir le premier quartier qui allait subir cette transformation. Et du coup, le quartier Lacrobtier a été l'un des premiers quartiers qui a subi cette opération, qui a été très très mal vécue par les habitants parce que c'est une décision qui a été prise en haut, sans concertation, avec les habitants. Après, ils ont essayé d'organiser quelques réunions tardives le soir pour informer la population, mais personne n'y comprenait rien. Et en plus, quand vous dites aux gens que dans un quartier où ils ont vécu 30-40 ans, où ils ont créé des liens avec leurs voisins, que vous allez partir du jour au lendemain, forcément, ça créait des tensions, ça créait de la corrélation.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Parce que les logements allaient être plus chers, c'est ça aussi, les loyers... Parce que...
MOUSSA CAMARA: Que déjà, il fallait détruire pour reconstruire, donc il fallait faire partir les gens. Et en même temps, il fallait... Et en plus, c'était un programme en rue qui était dans le tout début, c'est la première version, c'est plus qu'aujourd'hui il y a. C'est-à-dire, il n'y avait pas de clauses sociales, il fallait tout réinventer, il fallait le relogement des familles, le relogement aussi des jeunes qui voulaient décohabiter chez leurs parents, il fallait organiser tout ça. Et finalement, il fallait aussi prendre en considération les revenus de ces habitants. Donc on voit qu'il y a de l'injustice. De 2004 à 2006-2007, il y a cette rénovation, il y a ces discussions.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et tout, etc. Et donc toi, tu t'impliques là-dessus?
MOUSSA CAMARA: Et nous, on s'implique là-dessus parce que moi, je me suis impliqué très tard parce que, déjà d'une part, le monde associatif, je n'y connaissais rien du tout. Mais ça m'intéressait. J'étais très jeune, j'étais très jeune. En 2004, j'avais pas la capacité de mettre dans des réunions où c'étaient nos parents qui décidaient, où il y avait des plus âgés que nous, des grands frères et tout, etc. Donc moi, c'était pas mon temps. Mais comme ça a duré longtemps, en 2007, j'arrive en 2006, j'ai 20 ans, où je me dis, bon, à un moment donné, ça dure depuis trop longtemps, il faut continuer à s'engager. En 2007, on décide avec quelques amis dans mon quartier de se mobiliser. Et nous, on était, je m'en rappelle, même si j'ai commencé en 2007, les premières réunions, on était deux, moi et un ami à moi, on participait, on avait 14 ans, 15 ans, 16 ans, on a participé à ces réunions parce que ça nous intéressait le devenir des quartiers, alors que tous les jeunes de ma génération ils ne s'intéressaient pas forcément. Donc il y avait aussi ce truc que j'arrivais pas à percevoir, la chose publique qui m'intéressait.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: La politique publique, l'intérêt général aussi.
MOUSSA CAMARA: L'intérêt général.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: La communauté.
MOUSSA CAMARA: Parce que moi, j'y allais avec que des parents. On était deux jeunes.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Deux petits gamins.
MOUSSA CAMARA: Deux gamins, on y allait à ces réunions-là, qui étaient des réunions tard, à 18h, qui finissaient à 21h, où il y avait des discussions, des tensions, etc.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et qu'est-ce que disaient tes parents quand tu es allé à Sergine alors ?
MOUSSA CAMARA: Eux, ils étaient un peu démunis de tout ça. Ils étaient contents ? Ils étaient contents ? Non, personne n'était content.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Que tu y ailles pour représenter un peu ?
MOUSSA CAMARA: Franchement, je leur demandais pas leur avis. J'y allais parce que ça m'intéressait, tout simplement. Et en plus, on avait l'occasion d'attraper le maire et ses élus. Donc on leur posait toutes questions, pourquoi vous voulez détruire le quartier ? Est-ce qu'il n'y a pas moyen de le sauver ? Est-ce qu'on ne peut pas faire autre chose ? On avait cette réflexion-là un petit peu. Mais c'était en 2004 et moi je me suis engagé en 2007. C'est-à-dire il s'est passé des choses entre temps.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Quel était le déclic ? Il t'a dit à un moment donné il faut que je trouve une forme d'engagement plus structurée ? Il t'a découvert peut-être l'association ?
MOUSSA CAMARA: À un moment donné, moi je suis dans un quartier qui a des difficultés. Il y a de la tension parce que les phases, les premières phases de rénovation ont commencé. Les premières phases, les premières phases de déménagement, de relogement, ça a commencé. Et du coup, il y a de la tension, il y a des malentendus, il n'y a pas d'organisation, il n'y a personne qui porte la voix des habitants. Et moi, je me dis bon, là, il faut faire quelque chose. Et un jour, il y a un jeune, malheureusement, le dimanche c'était le jour où il y avait le foot, où tout le monde sortait, etc. Et deux fois il y avait des jeunes qui faisaient un peu des rodéos motos, et ce qui s'est passé c'est qu'il y a un jeune qui n'avait rien à voir, qui a reçu une balle tirée par un jeune officier de police, qui venait de commencer et qui avait paniqué dans... dans la précipitation avait tiré à balles réelles, à balles réelles sur des gamins. On n'avait pas besoin d'en arriver là. Et malheureusement, ça a touché un jeune qui n'avait rien à voir, qui était sur le terrain de foot. Donc il y a de la tension qui monte. En plus, entre temps, il y a les émeutes de banlieue en 2005, il y a les émeutes de 2007, en même temps à Villiers-le-Bel et tout, etc. Il y a une tension, tout ça comme ça, et il y a ce fait-là qui passe dans la presse, qui embrase un peu tout le monde. Donc on est dans cette période un peu compliquée, ils veulent aussi s'attaquer au terrain de foot dans lequel tout le monde joue, une décision de la mairie, donc à ce moment-là, avec des amis, je me dis bon, j'ai 20 ans, 21 ans, je me dis bon on peut pas laisser passer tout ça, il faut qu'on s'organise, et nous à l'époque quand on allait dans les réunions publiques, on croisait des élus, et je me suis rappelé d'un élu qui était maire adjoint à la jeunesse, Joël Montil, qui n'est plus de ce monde malheureusement, et qu'on l'interpelle, qu'on croise à côté de notre quartier, qu'on l'interpelle, on lui dit voilà, c'est pas normal ce qui va se passer, il y a plein de difficultés, on dirait on n'est pas entendu, il y a une image trop négative, en plus là vous voulez commencer la démolition du terrain de foot, alors qu'il y a encore plus de la moitié des habitants qui est là, c'est le seul loisir qu'on a et vous voulez faire en sorte que ce loisir-là n'existe pas. Donc il a dit venez me voir en mairie, on est allé le voir en mairie et de là on a eu des discussions assez profondes et après on a fait une deuxième réunion avec le maire dans la maison de quartier qui est d'un quartier voisin. C'était une réunion qui était assez tendue. Mais finalement, ce qui est ressorti de ça, avec des solutions et des réponses. Premièrement, on obtient que les familles allaient être mieux accompagnées dans leur logement, et qu'on allait tenir en compte les ressources financières, disons annuelles, mensuelles, pour pouvoir assumer des loyers. Donc on se bat aussi pour qu'elles maintiennent le loyer précédent. Ils n'ont pas demandé de partir. Qu'ils aillent dans un quartier qui est beaucoup plus propre ou beau, et ils...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: N'ont pas demandé, mais il faut qu'ils...
MOUSSA CAMARA: Aient le moyen de payer le loyer, parce qu'ils ne peuvent pas, s'ils payent soit 500 euros par mois, faut pas qu'ils se retrouvent dans un logement où ils paient 900, 400 euros, 900 ou 1000 euros par mois, avec les mêmes revenus. Il y a un truc qui cloche, et ça a mis plein de familles en difficulté. Les premières familles, ils ont vraiment essuyé les plâtres. Les premières familles. Et après derrière...—
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et vous avez réussi ensuite à obtenir ça.
MOUSSA CAMARA: Nous, on a essayé d'obtenir... On a réussi à obtenir ça. On obtient que le terrain de foot, ils étaient obligés de le rééditer dans le cadre du chantier, mais ils ont reconstruit un terrain de foot, en parallèle, à côté, pour essayer aussi de garder. Donc on a eu un terrain tout neuf, juste à côté, dans les mêmes normes et tout. On a obtenu cette victoire. Et au-delà de tout ça, c'est qu'on s'est organisé en association.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et là-haut, tu crées l'asso.
MOUSSA CAMARA: L'association AGPR, parce qu'il nous fallait des créneaux.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: AGPR, c'est Agir pour Réussir.
MOUSSA CAMARA: Agir pour réussir, qui était simple. Et en gros, pour changer notre vie, il fallait être acteur de notre changement et il fallait agir pour réussir.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et qui c'est qui t'a appris comment on faisait une asso, en fait ?
MOUSSA CAMARA: On a appris sur le tas, on ne connaissait pas du tout. Il n'y avait pas aujourd'hui... Il n'y avait pas d'intelligence artificielle.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Il n'y avait pas de ligne où il y a qui disait... Non, il.
MOUSSA CAMARA: Fallait faire des démarches administratives. On a été aidé. On a écrit des statuts. On a défini un objet. On s'est organisé, je me rappelle, dans les premières réunions qu'on faisait. On était plus de 50. 50 personnes en réunion d'AG pour créer l'association. Et après, toutes les réunions, il y avait des discussions, on sortait même pas forcément parfois avec des réponses, mais c'était nécessaire parce qu'on apprenait une forme d'organisation intéressante avec AGPR. On s'organisait, on découvrait l'associatif, comment fonctionne un conseil d'administration, comment fonctionnent des réunions de CA, comment faire un rapport d'activité, un bilan, etc. Tout ça, on apprenait. Donc, on s'organisait même pour faire des réunions pour pouvoir faire tout ça et tout.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et les financements aussi ?
MOUSSA CAMARA: Et les financements, c'est arrivé après, parce qu'on n'avait peut-être pas besoin de financement au départ.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: D'abord, c'était la prise de parole.
MOUSSA CAMARA: Au départ, c'était prise de parole, positionnement, se battre sur des droits.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Obtenir des droits.
MOUSSA CAMARA: Obtenir des droits.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Qu'on vous refusait.
MOUSSA CAMARA: Qu'on n'avait pas forcément accès. Et qu'on voulait, quoi. Et du coup, ça a été le premier combat qu'on a mené. Et après, au-delà de tout ça, ça a été... l'organisation, parce qu'on a eu une reconstruction d'un terrain de foot à côté, mais on a été la première association à Cergy, la première à obtenir, de façon citoyenne de quartier comme la nôtre, à obtenir des créneaux d'un gymnase municipal. Or, pour ouvrir un gymnase, ils mettaient un agent de la ville. Ce que je trouve parfois même bête parce que l'agent de la ville peut faire autre chose à côté que d'être là pour accueillir des assos ou des jeunes pour ouvrir un gymnase. Donc on arrive à obtenir tout ça, donc on crée un statut associatif, assurance, et on est la première structure à pouvoir gérer des créneaux dans des secteurs municipaux, ouverts à tout le monde, à tous les jeunes. Et du coup, ça, ça a été une victoire, un succès. Les gens, ils peuvent penser que c'est petit, c'est juste, mais c'était exceptionnel pour nous, à notre époque, parce que ça n'existait pas.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ça n'a pas donné envie d'être élu sur une liste électorale, de faire de la politique ?
MOUSSA CAMARA: Non, ce n'était pas mon truc, en fait.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Tu te méfiais ?
MOUSSA CAMARA: Ce n'est pas que je me méfiais. Moi, j'ai toujours été... un peu intéressé à ce qu'il se passe en politique, que ce soit la politique locale ou nationale, je m'intéresse, je sais ce qu'il se passe, je regarde ce qu'il se passe, et en fait, ce que j'ai voulu faire, c'est de me dire, ok, elle est où ma place ? Là où je pouvais être le plus utile, c'était en tant qu'acteur et responsable associatif, parce que je savais qu'en tant qu'acteur et responsable associatif, mon rôle c'était le rapport de force, parce que j'avais une capacité à mobiliser les habitants, j'avais une capacité à mettre des actions en place et surtout ça, c'était un peu une force politique. En réalité, j'ai toujours fait de la politique. Après, il y a plusieurs manières de faire de la politique. Soit on fait de la politique dans un appareil partisan, etc., et on essaie de faire bouger les lignes, soit on le fait dans l'engagement social, soit on le fait dans l'entrepreneuriat social. Il y a différentes formes pour faire de la politique. Et c'est pour ça que je n'ai jamais vraiment voulu mettre une casquette d'élu ou de conseiller municipal ou d'adjoint au maire, ou même présenter une élection, parce que c'était pas mon truc à l'époque. Je sais pas que je le ferai jamais, mais en tout cas c'était pas ma vocation et j'ai bien fait parce que ça m'a permis d'avoir un autre chemin.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: On va passer par une petite case aussi importante, je pense, dans ta vie, c'est l'expérience d'entrepreneur. Parce qu'après, on va revenir sur les assos à la même époque. Mais à la même époque, je sais qu'il y a une rencontre aussi, tu vas nous en parler, de quelqu'un à un moment donné, parce que tu cherches un job, c'est normal, tu veux trouver un emploi après un bac pro, je crois. Et tu vas aller démarrer une boîte au moment où c'est la folie de l'ADSL et donc des réseaux qu'on commence à mettre en place un peu partout dans le pays. Raconte-nous un peu cette histoire.
MOUSSA CAMARA: Bah en fait, c'est simple. Moi, j'ai fait des études jusqu'au bac professionnel. J'ai fait BEP compta et après j'ai fait un bac pro logistique. Et en fait, à la fin de mes études, je me dis bon, est-ce que je vais continuer mes études pour faire, je sais pas, BTS, aller un peu plus loin. Je ne sais pas si j'avais vraiment cette volonté ou peut-être l'opportunité ne s'est pas présentée. Et moi, chaque été, comme c'est rare où je partais en vacances, j'essayais de travailler à côté. Et en plus, dès que j'ai eu 18 ans, j'ai eu le permis, tout ça, etc. Je pouvais bosser dans des intérims, j'ai fait plein de métiers divers. Je suis allé faire de la logistique du froid, où j'allais tous les samedis matins, de 5h à 14h, aller dans "-5 °C", pour pouvoir préparer les commandes dans le frigo et être renvoyé dans tous les supermarchés partout. J'ai fait quoi ? J'ai fait des chantiers de travaux publics en été, où je creusais des tranchées en pleine canicule, etc. Et ça m'a appris, ça m'a appris. En fait, je me suis dit, en faisant tout ça, j'ai fait le ménage, j'ai nettoyé des bureaux, j'ai fait plein de trucs. Plein de petits boulots comme ça, qui m'ont un peu familiarisé avec le monde du travail, et je me suis dit en réalité, voilà, je m'adapte à tout, je sais pas ce que je veux faire mais je peux m'adapter. Et un jour, je suis dans ma ville, je vois qu'il y a un jeune qui cherche une adresse, il n'y avait pas... toutes les applications internet pour modifier quand il y avait des travaux, des nouvelles adresses. Donc je l'accompagne à l'adresse et je lui dis, tu fais quoi ? Ça a l'air bien ton travail, ce que tu fais et tout. Il me parle de son métier. Il me dit, moi, j'installe les box internet. C'est un nouveau métier qui va arriver. Quand on demande une box internet, on vous envoie un technicien qui vous installe internet chez vous, directement, chez le client. Donc c'était... tout début du changement là. 2006, 2007, 2005, 2008. Et en gros, je lui demande est-ce qu'il recrute dans ton entreprise ? Il m'a dit oui, il recrute à fond. Il n'y a pas besoin de diplôme. Si tu as le permis, il faut juste avoir le permis parce que tu te déplaces un peu partout pour aller installer les clients, etc. Donc il me donne le numéro de son responsable. Je l'appelle, il me donne rendez-vous le lendemain à rue Le Courbe.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ah oui, 15ème à Paris.
MOUSSA CAMARA: Moi je suis à Cergy, donc je prends le métro et tout. À 7h j'y vais. Et je fais le rendez-vous, on boit un café, et pendant la discussion que j'ai avec lui, il me dit, je cherche plus à recruter pour le moment, on a trop recruté, on a assez de techniciens, et en plus ça nous coûte trop cher, et du coup moi ce que je cherche c'est d'avoir des sous-traitants pour leur confier une partie du contrat et puis travailler dedans. Donc il fait sa proposition. De cette proposition-là, je ne le vois pas comme une proposition à l'époque, parce que déjà, je voulais un job. Moi, tu me parles d'entrepreneuriat, ce n'est pas mon truc. Je ne sais même pas ce que c'est. Pour moi, c'est comme s'ils m'avaient dit de construire un immeuble de 15 étages. Et c'était ça l'entrepreneuriat. Il n'y avait pas d'entrepreneurs. Mes parents n'étaient pas entrepreneurs, je n'avais pas de frères et sœurs entrepreneurs, je n'avais pas de modèle. Et du coup, les entrepreneurs que je voyais, c'étaient des gens qui entreprenaient dans un certain secteur, mais qui, pour moi, n'étaient pas accessibles. Et donc, du coup, je repars un peu déçu de cet entretien. J'arrive au quartier avec mes amis, je leur explique, ouais, ce matin, je me suis levé assez tôt, j'ai fait un rendez-vous pour rien. Bon, ils ne recrutent pas, ils cherchent des entrepreneurs, etc. Mais il m'a dit, et après il y a un ami à moi en discussion, il m'a dit mais pourquoi tu demandes pas à un voisin qui était comptable à la chambre de commerce de Cergy, à la chambre de métier et des arts, la CMA, métier et des arts de Cergy. Il était comptable là-bas. Et il faisait une semaine de création d'entreprise à l'époque. Et de là il me dit va le voir et tout. Il finit tous les jours à 17h. C'est un voisin à nous que je connais encore, que je vois encore aujourd'hui, et lui il m'aide quand je vais le voir, je lui dis écoute voilà mon entretien, je suis allé chercher un boulot, finalement ils veulent pas, ils veulent que je crée une boîte.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et je sais pas comment ça se passe.
MOUSSA CAMARA: Et si je crée la boîte, à la fin ils me donnent un contrat. Et il me regarde, il me dit t'es sérieux Moussa ? Il me dit là t'as le plus dur, généralement les gens ils créent leur société et ils vont chercher les contrats. Toi t'as le contrat avant même de...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: T'as le business avant de démarrer.
MOUSSA CAMARA: Donc j'ai eu le business avant même d'avoir démarré. Il m'a dit mais c'est simple, je vais t'aider et tout. Bon, c'était pas aussi simple qu'aujourd'hui. Et maintenant, aujourd'hui, c'est très simple de créer une entreprise. Fallait faire des démarches au tribunal de commerce, aux greffes. Fallait aller déposer le capital. Le plus dur que j'ai eu dans tout ça, le journal officiel, j'ai fait tout ça et tous les statuts, c'était d'ouvrir un compte bancaire. J'ai fait au moins trois banques.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Tu t'es pas accepté.
MOUSSA CAMARA: Avant que la banque, qui décide de m'ouvrir un compte professionnel, le fasse. En contrepartie, il fallait que j'ouvre un compte perso. La seule difficulté que j'ai eue, c'était ça, c'est de trouver... Je suis allé dans ma propre banque à l'époque où j'étais, ils m'ont refusé. Je suis allé dans une deuxième banque, ils m'ont refusé. Une troisième, ils m'ont dit ok, on...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: T'ouvres, mais à partir du moment que tu ouvres...
MOUSSA CAMARA: Exactement, c'était le deal. J'ai dit il n'y a pas de problème, directement, c'était une galère. J'ai déposé, quoi, j'avais 1000 euros d'économie, c'était mon capital, j'ai créé ma boîte, au bout d'un mois, comment tu as...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Appris à poser une box, à câbler dans des maisons ?
MOUSSA CAMARA: C'est là que j'arrive, parce que quand je retourne voir mon potentiel client pour lui dire, OK, j'ai une boîte, ça y est, elle est assurée, tout ça, j'ai déposé le capital, j'ai le Kbis, tout ça. Qu'est-ce qu'on fait ? Le jour où je vais, on me dit qu'il s'est fait virer. Le responsable de l'agence s'était fait virer. Et du coup là je me retrouve un peu sans arme quoi, parce que moi à la base j'avais eu avec lui. Je peux pas aller voir quelqu'un d'autre en me disant voilà, j'avais eu avec lui, je suis prêt, j'ai ma boîte. En plus ça a duré quelques semaines entre la discussion que j'ai eue avec...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Lui et le temps que je créais ma boîte.
MOUSSA CAMARA: Donc à ce moment-là, je repars un peu déçu mais je refais demi-tour avec culot. En fait celui-là qu'il avait remplacé en termes d'intérim. Ils étaient un peu débordés parce que ça venait de se passer la veille, etc. Et donc il fallait tout organiser, les clients, les techniciens, tout reprendre en même temps. Et après, je lui dis voilà, j'étais venu parce que j'ai créé ma boîte, parce qu'il y a du boulot et tout. Et je savais qu'ils étaient débordés parce que ça se voyait. Et en gros, il me dit, qu'est-ce que vous avez vu avec Monsieur Soulages, etc. Et je lui dis là, il m'a dit qu'il allait me donner un contrat dès que j'allais créer ma boîte, j'ai créé ma boîte et tout, je suis prêt et tout, etc. Il m'a dit, tu connais le métier. Tony Dennis, il me dit, tu connais le métier. Je lui dis non, je dis non, je connais pas le métier. Au contraire, je pensais que vous allez me former avant de me mettre sur le terrain. Il me dit OK, OK, OK. Donc déjà, je viens de reprendre en intérim. Vous connaissez pas le métier et tout, etc. Bon, je vois que t'es là. Je te donne un numéro de mon technicien. Tu l'appelles. Demain matin, tu fais, tu commences avec lui et on se revoit dans trois jours.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Donc tu as suivi le technicien ?
MOUSSA CAMARA: Il m'a donné le numéro, j'ai appelé le technicien qui a été patient avec moi. Il m'a donné rendez-vous à l'adresse du premier client.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Donc tu l'avais fait.
MOUSSA CAMARA: Il m'a expliqué pendant trois jours. C'était assez complexe parce qu'il fallait rentrer dans l'interface. C'est pas comme aujourd'hui.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ah non, on plug.
MOUSSA CAMARA: Là, il fallait voir si la DSL était bien chez le client. Une fois que la DSL est bien chez le client, il faut voir si la box correspond au contrat. Et après derrière, il fallait rentrer dans l'interface pour connecter, avec les codes du client, etc. Et en trois jours, t'es...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Formé et tu pars tout seul avec ta voiture, installé des tas de box.
MOUSSA CAMARA: En trois jours, il m'explique le métier. En trois jours, bien évidemment, je ne suis pas formé, mais je dis oui à tout. Et je retourne voir. Et en plus, le technicien était cool parce qu'il aurait pu dire, il n'est pas assez prêt, mais il n'a pas joué les 7 cartes. Il a appelé son responsable, il a dit, c'est bon, de toute façon, il va apprendre. Et il m'a dit, dès que tu as un problème, tu m'appelles direct. Et franchement, il s'est rendu totalement disponible. Et j'ai commencé mon premier client comme ça. Le premier client, pour installer la boxe, je m'en souviens toute ma vie. J'ai dû le mettre au bout d'une heure trente. Au bout d'1h30, 1h30 pour faire une intervention, alors que j'en avais 6-7 derrière. J'ai dit mais attends, si je finis comme ça, je ne vais jamais rentrer chez moi. Et ça a été la bonne formation parce que c'était le métier qui rentrait. Et de 1h30, après, j'ai appris le métier. Une heure, après une demi-heure. Après, en 15 minutes, j'ai installé la boxe, c'était fini. En 15 minutes chrono.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Alors justement, après ça s'accélère ton business.
MOUSSA CAMARA: Ça s'accélère.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Tu as plein de demandes.
MOUSSA CAMARA: Ça se développe, plein de demandes.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et tu vas embaucher des salariés, carrément.
MOUSSA CAMARA: Tu deviens un patron, tu es un chef d'entreprise. Je deviens patron, je commence à recruter mes premiers salariés.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Alors comment tu trouves d'abord les salariés, où tu vas les trouver ?
MOUSSA CAMARA: Et comment tu les formes ? Il y a eu une évolution de moi parce que déjà, d'apprendre un métier que je ne connaissais pas et d'évoluer si vite, je me rappelle, j'ai commencé, j'étais dans le département 77, 95, j'ai fait le 60, les distances entre un ou deux clients c'était 1h30 en voiture et c'était une folie et tout. Du coup, je devenais bon, déjà j'ai fait mes dents là-dessus et après, plus j'avançais, plus je montais, plus on me faisait confiance. Et au bout de six mois, j'obtiens deux territoires, mais qui étaient plus proches, le 92 et Paris. Et quand t'arrives dans le 92 et Paris, c'est le Graal. Parce que les adresses ne sont plus aussi éloignées. Et Paris, tu vois, quand t'es dans le huitième, t'as trois clients dans le huitième, limite tu peux les faire appeler entre les deux, donc le temps de travail et le temps de trajet se raccourcissent, donc t'es beaucoup plus productif, donc tu peux faire beaucoup plus de clients que tu ne faisais quand tu étais dans d'autres départements, et de là, en fait... je commence à avoir une belle croissance. Et c'est là où, plus il y a du travail, on commence à avoir d'autres contrats avec des grands opérateurs télécoms qui aussi sont en train de se développer. Et plus il y a de la demande, plus je suis en train de me développer. Et plus en même temps, j'ai besoin de recruter parce que... Au-delà de l'aide, c'est qu'il y avait un marché qui était en pleine expansion. Et pour ne pas rater, il fallait former des gens. Donc je commence à prendre une personne, je la forme, 2, 3, 4, 5, 6, et je monte jusqu'à 10 salariés. Mais le problème que j'avais, c'est que les 10 salariés, je les formais, mais en même temps, j'étais sur le terrain. Et en même temps, il fallait gérer la boîte. J'ai eu 22, 23 ans. En deux ans, en trois ans, je prends de l'âge, mais je suis encore jeune.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: J'ai la trésorerie de la boîte.
MOUSSA CAMARA: Je suis encore jeune, je dois gérer l'administratif, l'URSSAF, la TVA, tous ces trucs que je ne maîtrisais pas du tout.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Toutes les formalités super simples de notre pays.
MOUSSA CAMARA: Toutes les formalités, donc ça, c'était un peu dur. Plus moi, je suis au four et au moulin, je suis sur le terrain. Et en même temps, je dois gérer des salariés qui ont soit mon âge, soit plus grands. Et je ne suis pas manager. Je ne suis pas autoritaire. Je ne sais pas. Et en plus, ce sont des gens que je connaissais qui venaient de mon quartier. On est des amis.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Mais finalement, c'est dur de leur dire quand ça ne va pas.
MOUSSA CAMARA: J'ai une posture professionnelle. Et de là, je commence à mettre ma boîte en difficulté parce que... crash.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: À un moment donné ? Qu'est-ce qui se passe ?
MOUSSA CAMARA: En fait, on rate des clients, ça se passe mal chez certains clients, les interventions sont mal faites parce que c'est fait trop rapidement. Or moi, j'avais ce souci de bien faire parce qu'on m'avait fait confiance. Et du coup, c'est ça qui m'a fait en sorte que je monte, que j'apprends un métier, qu'on me donne plus de contrats.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Tu étais exigeant sur la qualité.
MOUSSA CAMARA: J'étais exigeant. Mais quand tu prends des gens qui ne sont peut-être pas formés, qui n'ont pas forcément le rapport avec le travail bien fait parce que ce n'est pas leur boîte, même s'ils gagnent de l'argent, en fait, tu te retrouves en difficulté. Et moi, la première responsabilité c'est que j'avais peut-être mal recruté, j'avais pas assez formé et en plus, j'étais aussi sur le terrain. Donc il fallait aussi anticiper où t'as des gens qui ne se lèvent pas à l'heure, qui viennent en retard chez le client, etc. T'as plein de trucs comme ça. Et là, je comprends parce qu'en vrai, c'est dur d'être entrepreneur. Là où la première partie je m'éclatais, c'était juste le côté administratif qui m'embêtait un peu, mais ça va, j'étais un petit peu accompagné là-dessus. Et là, je me retrouve à gérer des salariés, dans lesquels j'ai pas forcément l'expertise, j'ai pas forcément le bagage, et en plus, j'ai pas le recul nécessaire pour gérer. Un jour, j'ai le responsable d'agence qui m'appelle et qui me dit « Moussa, t'as vu, on travaille bien ensemble depuis trois ans et demi. Là, il y a des opportunités pour que tu grandisses. Mais là, tu ne vas pas dans le bon truc parce que deux fois vouloir grandir trop vite, c'est aller à sa perte. » Il m'a dit comme ça, il m'a dit t'as pas l'air solide. Il a eu une discussion sincère avec moi et j'ai accepté. Parce que, en réalité, j'étais son client, mais c'est quelqu'un qui m'a beaucoup marqué dans mon parcours, c'est quelqu'un qui m'a donné confiance. Parce que moi, je ne connais pas beaucoup de gens, même aujourd'hui avec le recul, qui peuvent faire confiance et donner un contrat à plusieurs centaines de milliers d'euros à un petit jeune de 20 ans qui démarre, qui n'a jamais entrepris et qui ne connaît pas le métier. Sûr.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Quoi ? C'est...
MOUSSA CAMARA: Impressionnant. C'est impressionnant. Et moi, en fait, ça m'a tellement marqué que cette personne-là... Donc tu écoutais son conseil. Il te dit Moussa... Il m'a dit Moussa... Faut t'arrêter là. Il m'a dit faut que tu arrêtes tout le monde. Et que tu continues à travailler.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Mieux. Tout.
MOUSSA CAMARA: Seul. Il m'a dit mieux vaut préserver le contrat qu'on a et toi tu continues à bosser. Donc pour moi, c'est un échec parce que déjà d'une, je vais être obligé de dire à des copains, il y en a certains où ça se passait bien, que je suis obligé de vous arrêter pour garder mon contrat et donc je les laisse un peu dans la panade et de deux... C'est une croissance que j'aurais jamais finalement, parce que là où j'avais une opportunité de grandir et de développer ma boîte et de faire un truc plus structuré, j'y arriverai pas parce que je suis obligé de licencier tout le monde pour préserver le contrat que j'ai et continuer à travailler. Finalement, je le fais. Ça me permet de sauver, de rester encore cinq ans à développer mon business et de gagner moi aussi un peu.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: D'argent. C'était un moment difficile pour toi quand tu annonçais à tes salariés que c'était la fin, que tu fermais la...
MOUSSA CAMARA: Porte ? C'était un moment difficile, mais je n'avais pas le choix. Et en plus, j'avais aussi un devoir d'engagement vis-à-vis de la personne qui m'a donné cette opportunité. J'avais cette confiance et je ne voulais pas trahir ça. Donc il m'a laissé le choix, il ne me l'a pas imposé. Mais il m'a dit, tu peux continuer si t'es en capacité de structurer et d'améliorer les choses. Si t'es pas en capacité, c'est mieux de t'arrêter parce que, à un...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Moment donné, même si j'ai envie de...
MOUSSA CAMARA: Te pousser et tout, bah je serais obligé de t'arrêter parce que ça va...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Pas. Alors ta grande leçon que tu en retires de ce moment de ta vie, c'est...
MOUSSA CAMARA: Quoi ? La leçon que j'ai apprise déjà, c'est déjà, il faut se préparer. Quand tu recrutes et tout, c'est de se former. Faut pas avoir honte, y'a pas d'humilité. Parce que j'aurais pu dire... je gagne de l'argent, je vends de rien, j'écris un truc, finalement je fais travailler des gens, etc. Et la deuxième chose, c'est que la confiance qu'on t'a donnée au début, faut pas la trahir. C'est-à-dire mieux parfois ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre, mais être réaliste et garder surtout la confiance, ne pas trahir la confiance qu'on t'a donnée. C'étaient ces deux leçons qui restent. Et la leçon que je dis souvent aux entrepreneurs ou aux gens, c'est toujours laisser la place propre, même si ça doit se terminer. Parce que quand tu parles de manière catastrophique, les gens ne retiennent plus ça. Même si tu avais bien fait le travail, mais à un moment donné, on retient la...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Sortie. C'est ton héritage, c'est la marque que tu laisses. Alors Moussa, à ce moment-là, tu arrêtes l'entreprise, l'entrepreneuriat et tu vas vers...
MOUSSA CAMARA: L'associatif. Non, j'étais déjà dans l'associatif au même...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Moment. En même temps, j'avais les deux en plus. J'avais les deux.
MOUSSA CAMARA: Deux. Et en fait, c'était trop bien parce que j'étais responsable associatif au même moment et j'avais ma boîte à côté que je...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Dirigeais. Donc, tu avais toujours...
MOUSSA CAMARA: L'associatif. J'apprenais les...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Deux. Alors, qu'est-ce qui t'a décidé à ce moment-là de dire en fait, je ne vais pas me relancer dans une nouvelle boîte, parce que tu aurais pu continuer à ton titre personnel ou peut-être un autre business parce que tu avais goûté à l'entrepreneuriat. Te dire en fait, non. Moi, c'est vraiment l'intérêt général. J'ai envie de continuer et d'aller plus loin. C'était quoi ce déclic et comment ça s'est fait ?
MOUSSA CAMARA: Ça ? Moi, le déclic, il a toujours été là. En fait, depuis le début, je me suis toujours dit que ma réussite, elle doit contribuer à celle des autres. Si je réussis, il faut que ça soit utile aussi aux autres. Parce que j'étais dans une forme de solidarité, même venant de là où je venais, à Cergy, dans mon quartier et tout. J'avais ce devoir, on va dire, de... de redonner, d'aider l'autre, de donner. Donc du coup finalement, je me suis dit je ne vais pas attendre que j'aie 50 ans, 60 ans, 70 ans pour redonner. Je me suis dit là je suis dans la force de l'âge, je suis jeune, je peux redonner. Et redonner ce n'est pas que donner de l'argent, c'est donner aussi du savoir, de la confiance, mettre des gens dans les bonnes conditions, donner de l'énergie et du courage à celles et ceux qui, parfois, peuvent se sentir bloqués par quelque chose. Et en fait, ça a été ça mon moteur qui m'a dit que c'est mon chemin, c'est mon.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Truc. Il y a aussi des personnes importantes, tu as parlé tout à l'heure des Amorano, je ne sais pas si tu en avais parlé, réveiller en toi un peu, je crois, ce côté civique. Il y a aussi quelqu'un, j'ai noté, Chun Yang, je crois, qui est un entrepreneur social, stratège politique, leader américain d'origine sénégalaise, je crois. Bravo aux Sénégalais qui ont.
MOUSSA CAMARA: Gagné. Je ne sais pas si ça.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Compte. Je n'ai pas teasé, mais bon. Parce que c'est bien pour eux. Mais enfin, on est heureux pour tout le continent africain aussi, parce que c'était une belle compétition. Mais voilà. Et en fait, il était engagé aussi, je crois, dans la campagne d'Obama. Et à un moment donné, donc, il fait cette rencontre. Et je crois qu'il t'invite carrément.
MOUSSA CAMARA: Aux US.— Ça ne s'est pas passé comme.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Ça.— Alors explique-nous comment ça s'est passé.—.
MOUSSA CAMARA: En fait, moi, comme j'étais engagé dans ma ville, et en 2010-2011, j'étais reconnu en quelque sorte, j'étais connu localement, je passais plus avec ce que je portais, je faisais des liens entre l'ESSEC, avec l'université, les étudiants, pour qu'ils viennent dans mon association faire de l'aide aux devoirs pour les plus jeunes, j'essayais de créer des ponts localement, comment on arrive aussi à utiliser les compétences qu'on a dans nos territoires pour essayer de faire émerger une génération assez connectée, motivée, etc. Et à cette époque-là, j'ai une association de jeunes étudiants de l'université de Cergy-Pontoise qui viennent me voir, parce qu'ils avaient entendu, ils voyaient ce qu'on faisait dans la ville, pour dire voilà, on aimerait faire intervenir un conférencier américain, par contre il nous faut du budget pour organiser cette conférence, la venue de cet invité, tout ça, etc. et qu'on ne connaît personne et on se tourne vers vous parce.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Que... Pour.
MOUSSA CAMARA: Financer ? Non pas pour financer, on sait que vous êtes très bien connecté avec toutes les institutions, les entreprises, est-ce que vous pouvez nous mettre en relation ? Et moi, je vois des jeunes qui viennent me voir et tout, à cette époque, pour faire venir une conférence en plus à l'université de Cergy, je ne vais pas dire non. Donc en deux minutes, ils me convainquent, je passe deux-trois coups de fil au maire adjoint et je leur dis voilà, il y a des jeunes étudiants, ils veulent faire une conférence, il faut qu'on les aide. Et finalement, le maire décide. Moi, à cette époque-là, en plus, j'avais créé vraiment un bon rapport avec la mairie, avec les maires et tout, avec toutes les équipes, la préfecture, toutes les institutions. J'avais vraiment créé une bonne relation parce qu'en quelques années, on était passé de villes où il y avait des quartiers un peu perdus, on va dire, éloignés, et on les avait ramenés dans un champ beaucoup plus citoyen, on avait apaisé le climat social, les relations, il n'y avait presque plus de guerre de bandes, il y avait toujours un peu de délinquance, mais on avait apaisé le climat social carrément. J'avais des relations avec le commissaire du commissariat de police de Cergy, avec la préfecture. On travaille tout ça, ça travaille bien. J'organisais des événements, je faisais plein de trucs, tout était sécurisé. Et en fait, moi, à un moment donné, j'étais devenu un peu cette.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Figure qui apaisait la communauté et l'ensemble des relations avec les institutions.
MOUSSA CAMARA: Aussi. Qui favorisait le dialogue social entre les gens qui ne se parlaient pas depuis très.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Longtemps. Et donc tu as réussi à convaincre la.
MOUSSA CAMARA: Mairie ? Naturellement, j'avais cette écoute qui était simple. Pour moi, un coup de fil, j'ai réglé leur problème qui, eux, n'avaient pas forcément la solution. Donc ça se fait, la mairie finance, Chun Yang arrive devant 500 étudiants et fait une conférence. En marge de sa conférence, les étudiants insistent pour qu'il y ait une rencontre qui se fait avec mon association. Il vient dans mon association et on crée une discussion, et c'est là où je lui explique tout ce qu'on est en train de faire. Il a été impressionné de l'engagement, du travail qu'on fait localement, et il dit « Ah ouais, comment vous arrivez à organiser les communautés ? » Aux Etats-Unis, c'est un peu similaire, mais différemment, et ça serait bien que tu viennes aux U.S. Donc, c'était en 2010.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Et tout, et moi... Donc tu.
MOUSSA CAMARA: Pars aux U.S. ? Pas tout de suite, parce que déjà, les Etats-Unis, ça ne me faisait pas forcément rêver. C'est.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Pas un pays. Tu connaissais.
MOUSSA CAMARA: Pas non plus. Je connaissais dans les films, mais ce n'est pas un pays. Je me suis dit, je vais y aller et tout. Donc en même temps, moi, j'avais ma boîte, j'étais très occupé avec l'association, etc. Je me dis, bon, je m'organise pendant 3-4 mois à faire un stage là-bas.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: C'est très compliqué.
MOUSSA CAMARA: C'est très difficile. Et vers la fin de l'année, je me décide, à me faire convaincre. Et j'y vais, j'accepte d'aller aux U.S. et j'arrive à Washington. Et je suis à cinq minutes de la Maison Blanche. Tous les jours, je passais tout le temps. Je vivais dans une famille d'accueil au Maryland. Et je prenais le métro tous les jours pour aller au centre-ville de Washington où il y avait mes bureaux et tout, etc. Et je suis en stage dans une grosse fondation qui s'appelait Feldstock, qui existe toujours, qui avait une centaine d'années et qui eux formaient des leaders à travers tous les Etats-Unis et aussi à travers le monde, un peu plus tard. Et dedans, tu avais des gens qui venaient de tous horizons, des responsables et tout. Et j'étais impressionné de voir des gens, peu importe leur nom, leurs origines, ils étaient à des niveaux de responsabilité incroyables. J'avais du mal, moi, à imaginer. Ce n'était pas possible. Et là-bas, tu vois, c'était possible. Même dans ma ville et tout, dans les entreprises où j'allais, c'étaient des gens qui sortaient des mêmes circuits. Et du coup, d'arriver là-bas, voir des gens qui me ressemblaient ou qui avaient des parcours un peu différents, être dans des postes à forte valeur ajoutée ou responsabilité, ça m'avait impressionné. Là-bas, j'arrive à Washington, je ne connais pas, je ne parle pas anglais, j'ai des rendez-vous au congrès avec des députés américains, je suis reçu par l'ambassadeur de France aux Etats-Unis, il y avait même un reportage, un Français France 2 qui avait suivi toute cette aventure à l'époque, qui est passé dans un documentaire d'1h30, qui parlait de la génération Z ou je ne sais plus laquelle. Et du coup, à cette époque-là, je fais des rencontres incroyables, je suis invité à des discours de représentants américains, je vais même pour la première fois à la Maison Blanche. J'assiste à un discours de Barack Obama pour les 50 ans de la marche de Martin Luther King, en haut des marches d'Abraham Lincoln toute l'année. Je me suis dit, mais c'est incroyable. J'étais du côté des États-Unis où j'ai fait des rencontres. La journée, on allait lever des fonds auprès de.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Grandes compagnies américaines. Et en fait, on.
MOUSSA CAMARA: Laissait des millions d'euros pour financer tout ça. Mais c'était incroyable, ce que je voyais là-bas, j'étais impressionné en fait de la facilité. En fait, ils m'ont décomplexé avec cette question de l'argent, du dossier, du business, que le business avait aussi un apport sur le social et que finalement les deux étaient imbriqués. Souvent en France, on essaie d'opposer le capitalisme à l'état providence, que le capitalisme boufferait l'état providence. En réalité, quand on regarde de plus près, on sait que tout ça c'est imbriqué. L'un ne va pas sans l'autre. S'il n'y a pas de capitalisme, ça ne nourrit pas l'état providence, la sécurité sociale, la protection et tout. Et du coup, là-bas, c'est différent, parce qu'il n'y a pas.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: De protection sociale. C'est très différent. Alors, qu'est-ce qui t'a séduit et que tu trouves super dans ton expérience américaine, et que tu aimerais voir dans un autre pays, en France, et que tu as voulu peut-être importer après, tu vas nous le dire. Et qu'est-ce que tu trouves, peut-être, beaucoup moins super, parce que ce n'est pas binaire.
MOUSSA CAMARA: Comme on dit. Ce n'est pas binaire. Moi, le rêve américain, il m'a frappé en plein dedans la première fois que j'y allais, parce que j'étais du bon côté de la barrière, là où tout se passait bien, peu importe d'où tu viens, ta couleur, ta religion, si tu étais bon, tu pouvais monter. Il y avait aussi ce truc-là, la méritocratie ou la discrimination positive, ou je ne sais pas comment ils appellent ça. En tout cas, ça a fonctionné parce qu'il y avait des gens de toutes les origines à des postes de responsabilité incroyables. Mais de l'autre côté, là aussi, ce que j'ai découvert, parce qu'ils m'ont ramené du côté un peu ghetto à dix minutes de Washington, à Nacosia, tout ça, dans des écoles. Je suis allé dans des tribunaux qui rééduquaient des jeunes détenus ou des jeunes qui devaient sortir de prison. Je suis allé dans des endroits où j'ai vu ce qu'était l'Amérique, en fait. Il n'y a pas de juste milieu. Il n'y a pas de milieu social là-bas. C'est soit tu es très riche ou riche, parce que tu es du bon côté de la barrière et tu peux réussir, soit tu es de l'autre côté de la barrière où tu n'as aucune chance de pouvoir réussir, et là, ce que j'ai vu, c'est la misère. J'étais spectateur d'un désespoir que je n'avais jamais vu de ma vie, et je me suis dit, même dans les pires quartiers où je suis allé.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: En France, je n'ai pas été.
MOUSSA CAMARA: Confronté à ça. Et du coup, en fait, là-bas, ce n'est pas l'État qui intervient. C'est la générosité de quelques philanthropes qui décident d'intervenir.— D'intervenir parce.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Qu'il y a quelque chose qui les.
MOUSSA CAMARA: Révolte aussi.— Exactement! Et de là, en fait, je me suis dit, mais attends... En vrai, en France, on n'est pas arrivé à ce niveau de désespoir-là. Et c'est là où je me suis dit, en réalité, on a plusieurs leviers d'action pour pouvoir faire en sorte que les gens s'émancipent. Et de l'autre côté, je faisais du business, je rencontrais des entreprises, je voyais que des gens, ils croyaient en leur projet, même quand ça paraissait des projets fous. Et je me suis dit, ça, c'est un côté qu'il faut garder. Donc, ce que j'ai fait en revenant aux États-Unis, j'ai apporté cet état d'esprit-là. Comme quoi on se mettait trop de barrières, qu'on se limitait, que le rêve américain il était en demi-teinte en fonction de là.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Où tu vas. Il y a le beau côté de l'histoire et puis il y a le côté un peu plus sombre de l'histoire aussi, comme toujours. Alors Moussa, il faut qu'on en vienne aux déterminés et déter quand même. Et que tu nous racontes à quel moment tu t'es dit, peut-être au retour des États-Unis ou un peu après, sans doute germé dans ta tête avant, compte tenu de ton engagement qui était déjà très fort, de cette idée déterminée, de cette mission. Ça me fait penser d'ailleurs à un entrepreneur social. Tu connais peut-être Pierre Dubuc qui a créé OpenClassrooms il y a pas mal d'années. Je suis président du comité de mission de cette boîte d'EdTech. J'aime beaucoup ce qu'ils font. Il y a une belle mission très simple, c'est rendre l'éducation accessible à tous. Et toi, finalement, tu rends l'entrepreneuriat accessible et notamment à tous ceux qui sont les plus loin. Alors, à quel moment cette mission est-elle venue en toi et tu as.
MOUSSA CAMARA: Créé les Déterminés? Bah cette mission, elle est simple, elle est venue en moi parce que déjà l'expérience américaine m'a marqué. Et je me suis dit en vrai, ça m'a décomplexé en fait, ça a été un... Parce qu'en France, à l'époque, moi, qui viens d'un territoire qui était très à gauche, social et tout, quand on parlait d'entrepreneuriat, ce n'était pas forcément...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: C'était mal vu. Oh, ce n'était pas très.
MOUSSA CAMARA: Bien vu en France.— Bien vu, et de faire en sorte que les jeunes deviennent entrepreneurs, ce n'était pas le truc qui faisait sauter au plafond.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: De tous...— Non. Il y a plus de dix ans, je m'en rappelle absolument.—
MOUSSA CAMARA: ... de tous les partenaires avec lesquels on travaillait. Et du coup, en fait, quand je suis allé aux États-Unis, le fait que je découvre qu'eux utilisent l'économie pour pouvoir en fait avoir un impact social, sociétal dans des territoires où personne ne va. Je me suis dit en vrai, elle a la clé. Moi j'étais entrepreneur, j'ai créé des emplois, j'ai pu développer du business, je me suis renforcé personnellement, économiquement. Donc ça a créé de la richesse, ça a créé des emplois, ça a été un cercle vertueux. Et pourquoi cela était pointé du doigt, et pourquoi on ne pourrait pas le mettre pour ces populations qui pensent que ce n'est pas accessible, de pouvoir le faire, de leur donner de l'accompagnement, de leur donner du réseau, et de faire en sorte qu'ils se développent et leur business. Donc c'est à ce moment-là, en 2013, que j'ai cette réflexion, parce que je fais plusieurs allers-retours. Je vais une fois aux États-Unis, puis après je fais plusieurs, je ramène des Américains en France.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Je ramène des jeunes français de ma.
MOUSSA CAMARA: Ville et je fais ça et chacun, c'est la même réflexion, ils arrivent avec le même état d'esprit. Et là, je me dis, bon, qu'est-ce que je peux faire pour vraiment faire changer? Parce que je fais de l'associatif à côté, je fais du business à côté, mais quelle est l'action qui pourrait ramener les deux? Et je me suis dit en vrai c'est ça, c'est l'entrepreneuriat. Le prochain truc dans dix ans ça va être l'entrepreneuriat, et c'est maintenant qu'il faut se mettre. En 2013, je commence à lancer cette idée, je vais voir toutes les entreprises, les élus de ma ville, tout le monde me ferme la porte. Ils me disent non, ce n'est pas pour vous, il y a déjà des réseaux qui existent, etc. J'ai vu les.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Réseaux qui existent, ils ne sont.
MOUSSA CAMARA: Pas faits pour nous. On ne les connaît même pas et quand on y va, on n'est pas prêts. Du coup, ce n'est pas fait pour nous. Moi, je vous parle d'un programme qui va s'adresser à des populations qui parfois sont déterminées, ont du talent, de l'énergie, mais ils.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: N'ont pas les options. Mais ils n'ont.
MOUSSA CAMARA: Pas accès à ça. Il faut aller les chercher. Et donc, ça ne s'appelait pas Aller Déterminer. Non. Mais il y avait cette réflexion de dire voilà. Et en 2014, je rencontre Pierre Gattaz à l'époque, qui était.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: L'ancien président du.
MOUSSA CAMARA: MEDEF. MEDEF, bien sûr. Et je lui dis, je suis invité aux vœux du Sénat parce que ma sénatrice, demandant de mon secteur, Macerco, nous avait invités en tant qu'adaptatifs. Et il y avait plein d'élus, plein de ministres, plein de personnalités économiques. Il y avait les vœux du Sénat. Je crois que c'était l'ancien président du Sénat, c'était Jean-Pierre Bell, je crois, si je m'en souviens bien. Un socialiste et tout, etc. Et de là, je rencontre Pierre Gattaz et on discute et je ne sais même pas ce qu'il fait, c'est juste que c'est une entreprise. Et quand je lui parle de ce que je veux faire, il me pose la question et tout, je dis voilà, moi aujourd'hui je suis entrepreneur, je suis aussi engagé dans ma ville, etc. Et ce que j'aimerais faire, c'est développer un programme qui allait accompagner les entrepreneurs partout. Et il me dit, ok, c'est bien ce que tu fais et tout. Il me dit, voilà, moi je suis président du MEDEF, c'est le mouvement des entreprises, nous on encourage et moi je crois beaucoup à l'entrepreneuriat, que c'est un levier qui peut aussi sortir le pays par le haut, et surtout les jeunes et tout, etc. Il tient un discours qui est en adéquation avec ce que je lui présentais. Et de là, il me donne sa carte, il reprend sa carte, il.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Met.
MOUSSA CAMARA: Son numéro personnel. Carrément. C'est-à-dire, je savais qu'on allait se rencontrer, appelle-moi et on organise ça. Et du coup voilà, moi je lui dis, j'ai un vrai projet, je veux le développer. Par contre, je n'ai pas le réseau économique. Je ne veux pas le faire en marge. Sinon, ça va.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Être un effet de... un coup d'épée.—.
MOUSSA CAMARA: On sera marginal, disons.— Ça va être marginal. Et ça ne va pas fonctionner. Donc je décide de l'inviter à Cergy. Il vient.— Il vient.— Il y a au moins 100 entrepreneurs que je mobilise. Il fait un discours. Il y a des manifestations de la CGT quand il allait arriver, parce que c'était le méchant patron du MEDEF et tout.— Oui, patronat.— Le syndicat était dehors. Bon, ça s'est bien passé. On en a rigolé après, plus tard. Et finalement, il décide, il voit l'énergie, il découvre. Parce que moi, je lui ai dit, c'est bien.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: De venir à Cergy. Donc, il s'est.
MOUSSA CAMARA: Vu qu'il y avait un potentiel, qu'il y avait une énergie. En fait, ce qu'il a fait, c'est juste qu'il a mis à disposition des entreprises de son réseau pour accompagner.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Pour parrainer des entrepreneurs. C'est là où.
MOUSSA CAMARA: Ça commence à partir. C'est.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Là où ça commence. Et ce moule est déterminé.
MOUSSA CAMARA: Alors tu choisis quand? Après, en fait, ce qui se passe, c'est que lui, il arrive avec plein de chefs d'entreprises du territoire accompagnés de lui autour de la conférence. Donc, ça crée des réseaux, ça crée des échanges avec des gens qui se posent la question, mais ça ne transforme pas. 2013, début 2014, ça ne transforme pas. Parce qu'en fait, on s'est rendu compte de pourquoi ça n'a pas transformé? Pas parce que les entreprises n'ont pas joué le jeu. On s'est rendu compte que les entrepreneurs qu'on avait en face, ils n'étaient pas.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Encore à ses murs.
MOUSSA CAMARA: Ils n'étaient pas préparés. En fait, on n'avait pas préparé les entrepreneurs pour qu'ils puissent avoir des discussions de deal, de marché, de trucs, etc. avec.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Les entreprises en face. Il y avait un vrai boulot à faire en amont.
MOUSSA CAMARA: En fait, de préparation. Et je me suis dit, en vrai, c'est pour ça que ça n'a pas fonctionné. Mais la dynamique est là et c'est intéressant qu'on arrive à s'arrêter deux secondes sur la dynamique qu'on a créée et le message qu'on veut faire passer. Et c'est là qu'on repart de zéro et on dit ok, on ne va plus mettre en relation comme ça, on va préparer nos entrepreneurs, on va leur donner tous les outils et les armes pour qu'ils soient prêts et en face on va leur mettre des chefs d'entreprise avec lesquels ils vont pouvoir transformer. Et c'est là qu'on crée le premier programme, qui allait s'appeler, quelques semaines.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Plus tard, Les Déterminés. Le programme s'appelait.
MOUSSA CAMARA: Les Déterminés. Décembre 2014, jusqu'à avril, mars 2015, on lance le.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Premier programme des Déterminés. Et l'assaut.
MOUSSA CAMARA: Est créé en 2015. Et l'assaut est créé un peu plus tard parce que c'était la.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Dynamique qui était importante. Ce qui est marrant c'est que l'Iffre-Gauche est décrit en 2015 aussi. On.
MOUSSA CAMARA: Est la même décennie. C'est la période dans.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Laquelle il faut agir. Vraiment, je pense que comme toi je t'ai convaincu de ça. Alors, j'ai eu une autre invitée, Moussa, une Américaine, sur mon podcast, qui s'appelle Angela Duckworth, qui a écrit un bouquin qui a eu beaucoup de succès à l'époque, qui s'appelait Grit. Grit, c'est, tu sais, c'est la niaque. C'est une force incroyable de gens qui lâchent rien. Et donc, j'aimerais que tu le dises avec tes mots à toi. Les déters, c'est quoi? C'est qui être un déter? C'est quoi le mindset d'un déter, d'un déterminé?
MOUSSA CAMARA: C'est quoi pour toi? Pour moi, comme je dis souvent, la détermination, c'est ce qui doit caractériser les entrepreneurs qui rentrent dans nos programmes. Et pour moi, être déterminé, même quand on est dos au mur, on pense que tout joue contre nous, et qu'on ne va pas forcément réussir, c'est d'avoir cette énergie, c'est ça ce qu'elle dit là, cette force intérieure qui nous permet d'aller plus loin. Parce que moi je dis souvent qu'il faut être discipliné, mais la détermination c'est l'électrochoc qui nous permet en fait d'avancer, d'aller de l'avant. Une fois qu'on est déterminé pour avancer, après il y a la discipline, il y a le travail, il y a la motivation qui rentre en jeu, il y a tout ça. Le déclic c'est la détermination. Détermination, c'est quelqu'un qui sait où il va. Il sait que ça va être difficile, mais il a sa vie, il a son cap et rien ne va le détourner de son cap parce qu'il a cet objectif d'aller au bout de ce qu'il porte. Après, il peut avoir l'échec ou la réussite, mais il ira au bout de ce qu'il pense être juste et bon.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: C'est ça pour moi. Non, c'est très clair et je pense que c'est cette détermination aussi permanente, c'est un état d'esprit qui est de dire, ce n'est pas à un moment donné, c'est qu'en fait, cette niaque que j'ai tous les matins quand je me lève, j'ai cette énergie en moi sans arrêt. Et puis, j'ai en même temps une discipline, une rigueur. Je pense qu'on va en parler. Donc, j'aimerais que tu me dises un petit peu de concret. Le programme des Déterminés, parce que les programmes, parce que vous en avez plusieurs, c'est quoi? Parce que moi j'ai plein d'auditeurs.
MOUSSA CAMARA: Des jeunes qui peut-être... Nous, en fait, on a plusieurs programmes. C'est vrai que le point central, ça a été l'entrepreneuriat. C'était de dire, on veut créer et apporter une nouvelle génération d'entrepreneurs qu'on va former, qu'on va accompagner, qu'on va mettre dans la lumière ce que vous faites avec Life for Good, etc. Et c'est que, en fait, ce que nous on fait, et ce qu'on a en commun, c'est de mettre des nouveaux modèles en lumière, de dire ok, l'entrepreneuriat en France, ce n'est pas que des gens qui sortent des mêmes circuits. C'est aussi des gens qui viennent de villages. C'est aussi des gens qui viennent de quartiers populaires. C'est aussi des jeunes qui viennent des centres-villes, mais qui n'ont pas de réseau, qui n'ont pas d'écosystème. C'est aussi des jeunes ou des moins jeunes qui portent des projets à impact, qui portent des projets qui, non seulement vont faire du profit, mais qui vont changer la vie des gens au quotidien, qui vont faciliter un certain nombre de personnes, et c'est ça qu'on voulait, en fait, porter et déployer. Après, dans la réalité, l'un des programmes qu'on porte, c'est l'entrepreneuriat. Et après, maintenant, on s'est rendu compte que tout le monde n'a pas forcément vocation à être entrepreneur, et nous, dans les milliers de personnes qu'on a accompagnées depuis dix ans, c'est qu'on a vu que forcément, ça a été une étape dans leur parcours avant de retourner vers un parcours d'employabilité. Pour être salarié, pour être responsable, pour être engagé différemment. Et ça, pour nous, on s'est rendu compte que finalement, oui, il fallait aussi traiter ces sujets, parce que ce sont des sujets... Moi, en fait, l'idée des Déterminés, c'est lutter contre le déterminisme social-économique. Donc, dans l'économie, il y a l'entrepreneuriat, il y a l'employabilité, il y a la formation, il y a énormément de... Il y a l'éducation, il y a plein de choses dans lesquelles on peut rendre accessible tout ça. Et donc, du coup, pour moi, les programmes, ça a été de proposer un programme d'entrepreneuriat, de décliner un programme sur l'employabilité, d'organiser des événements de sensibilisation sur un certain nombre de secteurs d'activité qui parfois pensent qu'ils ne peuvent pas recruter, comme... Les métiers industriels, les métiers de l'éducation financière, les métiers sur les sujets de l'intelligence artificielle, sur plein plein de l'industrie créative et culturelle, sur plein de secteurs d'activité sur lesquels on peut aussi ouvrir des perspectives d'évolution de carrière pour pas mal de jeunes. Et derrière c'est des écosystèmes, c'est des événements qu'on organise, c'est tout ça en fait. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les Déterminés, on a une casquette globale, mais on a derrière des tiroirs dans lesquels on peut agir sur un.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Certain nombre de programmes. Alors, il y a quelque chose de très important aussi, je pense qu'on vit aussi ça chez Life for Good et tu as la même chose, je pense qu'il y a une grande exigence. On a une exigence, je crois, et tu l'as, toi, de grande qualité de ce que vous faites dans les programmes, mais aussi d'attente que tu as vis-à-vis des entrepreneurs. Donc, j'aimerais que tu nous parles. D'ailleurs, j'avais reçu, tiens, parler de métiers aussi qui sont des fois compliqués à aller chercher, comme la restauration, l'hôtellerie. J'avais reçu Thierry Marx aussi dans ce podcast, que tu connais sans doute. Il fait de belles choses, Thierry. Et donc, il a notamment un motto, si tu veux, chez lui, qui est RER.
MOUSSA CAMARA: Rigueur, engagement et régularité. Il a.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Toujours de bons concepts. Rigueur, engagement, régularité. C'est-à-dire qu'il dit, moi, j'ai une école, effectivement, avec des jeunes qui viennent de tous les environnements sociaux. Mais si le gars, il n'est pas à 7 heures le matin pour démarrer, il est viré, il ne vient plus. Voilà, c'est l'exemple. Chez toi, chez les Déterminés, c'est quoi ? Et dans la sélection notamment, parce que je sais que vous avez une sélection, comme nous, on est obligés, malheureusement, on reçoit plein de demandes, on aimerait tous les avoir à bord. Il y en a qui sont plus ou moins prêts à faire ce qui va être demandé d'or. Dis-nous ce que c'est, à.
MOUSSA CAMARA: Ton côté, cette exigence. Nous, l'exigence, c'est la disponibilité, sachant que nous, l'ensemble de nos programmes, on ne va pas chercher des gens qui n'ont pas envie. L'envie de... De toute façon, le socle commun de tous nos programmes, c'est.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: L'envie, c'est la volonté. Alors comment.
MOUSSA CAMARA: Tu le décèles, ça ? S'il n'y a pas la volonté.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Il n'y a rien.
MOUSSA CAMARA: Comment tu sens ça ? Déjà, nous, on a un processus de sélection. On reçoit énormément de candidatures comme vous, et après on a une sélection de candidats qui passent devant des jurys, etc. Et de toute façon, à partir du moment où ils viennent chez nous, c'est que déjà il y a cette part de volonté qui est en eux. Maintenant, le problème qu'on a, c'est aujourd'hui, c'est comment savoir quel est l'entrepreneur qui correspond à nos programmes ou pas. Est-ce que lui va s'adapter, va pas s'adapter ? C'est pour ça qu'on a un processus de sélection qui est assez intense, mais en même temps avec des jurys, devant un passage de jury, après le passage de jury, soit une qualification pour le SAS, soit on est non retenu. Et le SAS, chez nous, c'est une formation qui est en express pendant trois jours, pour voir à peu près comment les entrepreneurs se comportent en présentiel, et pour vraiment définir ceux qu'on va garder, ceux qu'on ne va pas garder, et ceux qui correspondent à notre parcours pédagogique, et ça c'est hyper important pour nous. Après, il y a tout l'aspect... on peut se tromper bien évidemment, mais c'est vrai que sur l'employabilité, sur des jeunes qu'on a et tout, on ne les met pas directement dans l'entreprise, on les prépare en amont, dans un programme bien spécifique, et après, on leur donne les codes, les outils. Ceux qui ne sont pas bons, qui ne respectent pas, on va les sortir. Mais en même temps, on ne va pas les sortir direct. Parce qu'on va essayer de leur expliquer de.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Qu'est-ce qui a coincé. Parce que.
MOUSSA CAMARA: Que parfois, c'est familial. Parfois, c'est un problème d'organisation perso. Parfois, c'est la famille qui peut bloquer. Parfois, c'est plein de choses. Donc on essaye.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: De... de réfléchir à comment on peut identifier les obstacles.
MOUSSA CAMARA: De tous ces gens-là. Et une fois qu'on les a levés, après, là, c'est bon, ils peuvent être dans des banques de production pour progresser. Donc, on n'est pas la faucheuse où directement, à la moindre erreur, on élimine. On élimine quand le processus est passé totalement, qu'ils ont suivi, qu'ils ont été retenus, qu'ils sont au courant de comment fonctionne l'immersion ou les codes dans l'entreprise. Et si on voit que ça.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Déconne, là, on arrête. Alors, Moussa, pour avancer évidemment là-dessus, il y a des chiffres d'impact aussi incroyables et Déterminés. Je crois que tu l'as dit, enfin je vais te laisser le dire, vous avez accompagné.
MOUSSA CAMARA: Plus de.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: 1000.
MOUSSA CAMARA: Entrepreneurs. Plus, plus. Plus.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: 2700 à peu près. Voilà, donc c'est énorme. Je crois qu'il y a un taux de création d'entreprise autour de 75%. J'avais vu.
MOUSSA CAMARA: Dans tes rapports d'impact. Le taux, en fait, c'est le taux de pérennité des entreprises.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Au-delà de 3 ans. Qui survivent après 3 ans, c'est ça. Donc il y a un taux vraiment très élevé. Mais ce que les chiffres ne disent pas souvent, et moi je le vois aussi avec des talents d'entrepreneurs de la communauté de l'eForegood qu'on accompagne depuis 10 ans, c'est en fait les histoires humaines, les personnes, les hommes, les femmes qui sont derrière. Vous accompagnez beaucoup de femmes aussi, il faut le dire. Donc, est-ce qu'il y a une histoire ou deux dont tu veux nous parler, qui t'a touché, et qui pour toi, au niveau de l'impact, au-delà des grands chiffres, de dire il y a tant de milliers de jeunes qu'on a touchés, j'ai changé la vie de cette.
MOUSSA CAMARA: Personne-là, quoi, en fait. Moi, j'aurais.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Tellement d'histoires à raconter. Je sais.
MOUSSA CAMARA: Que t'en as plein. Tu les abuses aussi comme moi. Parce qu'en fait, c'est des gens qu'on a vus évoluer au fil du temps, au fil des formations, au fil des programmes. Et en fait, ce sont des gens avec qui on a gardé une certaine proximité, un lien assez fort et on continue à les garder et tout. Et c'est ça qui est important. Et moi, ce que je voulais, c'était pas de faire un programme où on allait trop se disperser, faire des centaines de milliers ou des dizaines de milliers de personnes sans savoir ce qu'ils sont devenus, sans les connaître. Là, ce qui est bien chez les Déterminés, c'est qu'on a passé, ou mes équipes ont passé du temps avec ces entrepreneurs. Et du coup, ils peuvent avoir une relation de confiance qui leur permet d'aller beaucoup plus loin. Moi, je me rappelle la deuxième promotion qu'on avait lancée, on faisait les jurys, je crois que c'était dans les locaux du MEDEF, dans le 7e arrondissement, avenue de Bosquet. Et au moment où on fait une pause, moi, je sors un peu à l'extérieur pour faire ma pause et je rencontre une jeune fille qui venait candidater. Et en fait, au moment où elle arrive devant la porte, elle fait demi-tour. Mais moi je suis de l'autre côté, elle ne fait pas attention à moi. Et je ne comprends pas.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Pourquoi elle fait demi-tour. Donc tu lui dis.
MOUSSA CAMARA: Tu vas la voir. Et donc je vais la voir, je lui dis, ouais, vous êtes trompée, vous êtes venue. Elle me dit, non, je suis venue candidater pour une formation et tout, etc. Mais finalement, quand je viens de voir, je suis arrivée devant, j'ai pas osé rentrer. Et finalement, j'ai fait demi-tour.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Elle n'a pas osé.
MOUSSA CAMARA: Elle n'a pas osé. Elle n'a pas osé. Et je lui dis, mais pourquoi ? Je lui dis, c'est moi qui ai fondé cette formation. Et elle me dit, c'est pas pour nous. Elle me dit comme ça. Mais c'est moi qui ai fondé cette formation. C'est-à-dire, c'est pour toi aussi. C'est pour des gens comme toi. Il faut que tu viennes et tout. Donc je lui donne un peu de courage. Après, elle décide d'y aller. Elle passe l'entretien. Pendant l'entretien, elle se révèle. Elle est retenue dans le programme. Elle fait la promotion. 3-4 mois après, elle parle sur scène devant 500 personnes, elle raconte son projet et finalement, à la finalité, elle n'entreprend pas, mais elle retrouve, elle retourne à l'école, elle se forme, elle a des diplômes, jusqu'à Bac plus 5 aujourd'hui. Aujourd'hui, elle travaille dans des grandes entreprises et ça l'a aidée. Elle n'a peut-être pas entrepris, mais moi ça m'a marqué parce que ça a changé sa vie. Elle est rentrée, elle allait faire demi-tour. Et finalement, voilà, ça, c'est une histoire qui m'a marqué. Et des histoires comme ça, je.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Pourrais t'en raconter d'autres. J'adore ces histoires, moi aussi. Moi, c'est ce qui me donne, je pense que c'est la même chose que moi, ce qui me donne la plus grosse fierté, finalement, la plus grande joie, c'est de les revoir, ces jeunes, quelques années après.
MOUSSA CAMARA: Et ce qu'ils.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Deviennent. C'est important, ça. Et ce qu'ils projettent autour d'eux, dans leur communauté, ils deviennent des rôles modèles. En fait.
MOUSSA CAMARA: On va en parler. Et ça aussi, on en a eu pas mal, des gens.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Qui sont venus aujourd'hui. Je pense qu'il.
MOUSSA CAMARA: Y en a beaucoup. Qui développent des projets.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: C'est devenu des ambassadeurs. Et qui sont incroyables. Alors, une statistique, un rapport qui a été marquant, je trouve, et je sais que tu l'avais vu à l'époque de l'OCDE, en 2019, qui dit qu'en France, il faut six générations en France pour qu'un enfant issu d'un milieu modeste atteigne un niveau de revenu moyen, ce qui est assez incroyable. Et c'est un des pays, les auditeurs ne le savent pas tous, mais qui est finalement assez derrière les autres en termes de fameux ascenseur social dont on parle beaucoup. Et donc, j'ai beaucoup parlé de ça avec Elisabeth Moreno, que j'avais eue comme invitée ici aussi sur ce podcast, sur ce phénomène français. Pour toi, c'est une fatalité ou c'est quelque chose qu'on peut changer ? Et là, je parle de politique publique aussi, parce que ça va au-delà de déterminer l'if for good et de tous ces petits efforts. Comment on...
MOUSSA CAMARA: Sort de là, Moussa ? C'est très compliqué, c'est une question qui revient souvent, et c'est une question qu'on n'a pas réussi à solutionner depuis plus de 30 ans aujourd'hui, malheureusement. Il y a un vrai dysfonctionnement sur la question de l'ascenseur social en France. Parce qu'il y a plein de choses. Il faut reprendre du départ l'éducation nationale. En fonction de là où tu grandis, où tu nais.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: T'auras pas forcément les mêmes chances de...
MOUSSA CAMARA: Réussir que les autres. Pourquoi ? Parce que dès le départ, tu sais que les conditions dans lesquelles tu es ne vont pas te permettre... Bien sûr qu'il y a des destins individuels qui font en sorte que certains vont réussir, mais socialement, leur destin collectif, il est presque scellé dès le départ. Parce qu'on n'a pas réussi à trouver les moyens nécessaires pour solutionner tout ça. Quand vous allez dans une école en ZEP ou dans un collège, vous voyez que les profils c'est les mêmes et que finalement la voie qu'on leur propose c'est une voie de garage. Et je l'ai dit dans mon livre que parfois en France on a l'impression qu'il y a trop de voies de garage, il n'y a pas assez de pistes de décollage. Et c'est ça qui fait en sorte que tant qu'on n'aura pas changé cet état d'esprit politiquement, parce que ça se joue là dès le plus jeune âge, nous nos générations, la dernière fois que je regardais, on disait qu'il y avait peut-être cent mille jeunes qui sortaient du système scolaire sans rien du tout. Ceux qu'on appelle les invisibles, les nixes ou les décrocheurs. On les appelle comme on veut, on a inventé tous les noms mais on n'a pas trouvé la solution aujourd'hui. Et du coup, qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? Sachant qu'on est dans un pays de plus en plus vieillissant où on a à peu près 900 milliards d'euros chaque année qui partent dans ce qui est la sécurité sociale, le chômage, les retraites, etc. Plein de choses comme ça et qu'on n'a pas assez de jeunes qu'on arrive à mettre au travail pour avancer. Donc les six générations, ça va s'empirer. Malheureusement, j'aime être optimiste dans ce qu'on fait et dire que les choses vont changer. Mais comment on part ? Et surtout aujourd'hui, on le voit, les structures associatives, ceux qui font des choses au quotidien, ont de moins en moins de moyens. Il y en a beaucoup qui ferment aujourd'hui et ça devient de plus en plus dur. Donc là, c'est peut-être même pas 6 générations qu'on va avoir, c'est peut-être 7 à 8 générations qu'on va avoir pour sortir de ces problématiques. Donc s'il n'y a pas un choc et que les responsables politiques, ceux qui ont les capacités de décider, ne font pas preuve de courage politique et de modèle, je pense qu'on va tout droit dans le mur et finalement ça va créer un pays où il y aura des jeunes qui, malheureusement, vont être encore sacrifiés pendant des...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Générations et des générations. Alors comme toi, parce que moi je reste toujours sur une vision optimiste des choses, même si je ne suis pas naïf sur les problèmes comme toi que je partage Moussa. Ce que j'aime beaucoup dans l'approche que tu as depuis le début, tu l'as dit tout à l'heure, c'est qu'il n'y a pas de fatalité pour toi et de déterminisme social. Il y a une notion de déterminisme économique. J'aimerais qu'on parle un petit peu des banlieues que tu connais bien, des quartiers prioritaires de la ville. Pour bons auditeurs, il faut savoir que ça représente plus de 5 millions de Français. C'est réparti dans plus de 1 500 quartiers, 859 communes. Sur le plan économique de l'activité, il y a plus de 250 000 établissements qui existent dans les quartiers de la liste. C'est un rapport officiel du pays qui génère environ 75 milliards d'euros de chiffre d'affaires. 180 000 emplois. Mais surtout aussi, c'est un univers dans lequel il y a un taux de chômage de plus de 23%. Ce sont des jeunes, exactement, donc qui est supérieur 2,7 fois la moyenne nationale et plein d'autres problèmes dont tu as parlé, que ce soit l'éducation, les entreprises avec manque de fonds propres, etc., de financement et compagnie. Alors, face à ce plafond de verre, il y a beaucoup de décideurs qui n'ont pas encore compris finalement. Pour toi, quel est le premier levier ? Qui peut faire changer les choses au plan économique dans les quartiers. Et dans les zones rurales aussi d'ailleurs, parce qu'on n'en...
MOUSSA CAMARA: Parle pas assez malheureusement. C'est une vraie question que tu poses et que pour moi, le premier levier, il est économique aussi. Et ce qui pourrait faire changer, c'est comment on arrive à libérer, simplifier les entreprises qui sont dans ces territoires et qui créent de l'emploi et qui créent de la valeur. Aujourd'hui c'est très compliqué pour un jeune employeur ou une boîte, une PME qui lance sa boîte, même pour recruter localement, ça va être difficile parce que parfois on va arriver avec des publics qui ne sont pas assez formés. Du coup, les entreprises ont besoin d'avoir des jeunes opérationnels. Et si on prend quelqu'un, qu'on passe du temps à le former, à le sortir de là où il est, et après le recruter derrière et que dans les charges, les taxes et la simplification, il y a toujours une complexité pour pouvoir recruter des gens. Donc ça, ça ne facilite pas en fait cette dynamique économique, cette attractivité pour faire en sorte que ces entreprises donnent la chance à ces centaines de milliers de jeunes qui sont là-bas. On a parlé de 23% de...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Chômage chez...
MOUSSA CAMARA: Les jeunes. C'est énorme. Il faut bien qu'on réinverse la tendance. C'est plus fort.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Que la moyenne nationale. Donc pour toi, le mouvement de l'entrepreneur, c'est carrément créer des formes de zones franches dans lesquelles le cadre réglementaire...
MOUSSA CAMARA: Soit beaucoup plus léger. Léger pour pouvoir impulser une dynamique et à un moment donné, recréer et réinverser la tendance. Une fois qu'on aura équilibré les choses, on peut recréer. Et vous savez, la dynamique, c'est une fois qu'il...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Y a plus de... un cercle vertueux.
MOUSSA CAMARA: Positif qui crée... Et maintenant, il y a énormément d'entreprises qui sont dans ces territoires, qui créent du chiffre d'affaires. Je crois que c'est plus de 180 000 emplois créés. Ce que tu disais, 75...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Milliards. C'est pas rien.
MOUSSA CAMARA: Non, c'est pas rien. C'est pas rien. Et comment on arrive à valoriser tout ça ? Comment on arrive à matérialiser tout ça ? Et comment...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: On arrive à faciliter... Pour...
MOUSSA CAMARA: Remplir ce mouvement et...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Pour remplir ce mouvement-là. Et libérer ce...
MOUSSA CAMARA: Potentiel.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Qui est là. Normalement. Écoute, on arrive vers la fin, mais j'ai encore quelques petites questions à te poser et notamment...
MOUSSA CAMARA: Donc la réponse, excuse-moi, la réponse qu'il faut apporter économiquement, c'est de favoriser la création d'entreprises et la création...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: D'emplois dans ces territoires. Donc de libérer toutes les complexités, les difficultés qui existent et de...
MOUSSA CAMARA: Faciliter ça au maximum. Parce qu'une fois qu'on va faire ça, on va libérer la créativité de ces entreprises, et on va développer encore plus et on va...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: S'en sortir pas loin.— Il y a bientôt une élection présidentielle, alors dans un peu plus longtemps, tu vas pouvoir proposer ça à tous les candidats, pour que...
MOUSSA CAMARA: De toute façon, on n'a pas le...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Choix aujourd'hui.— Il faut pousser ça.— On n'a pas le choix.— Et dans les...
MOUSSA CAMARA: Zones rurales aussi, d'ailleurs, où il y...
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: A plein de travail à faire.— Et...
MOUSSA CAMARA: Dans les territoires ruraux aussi.— J'aimerais qu'on parle de ceux-ci.— Et les
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Outre-mer aussi.— Ah, totalement. Qu'on oublie beaucoup et qu'on ne mentionne pas assez. J'aimerais qu'on parle de ces initiatives communes. On a un grand plaisir ensemble à bosser, qui s'appelle Time4. On est à quatre, c'est un quatuor. Il y a HEC, il y a Les Déterminés, il y a Live4Good et.
MOUSSA CAMARA: Il.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Y a Daphné. Voilà. Et en fait, on a lancé un fonds d'investissement pour tous nos éditeurs que Daphné gère, parce que c'est eux la boîte de financement, évidemment, qui va lever 100 millions d'euros, qui en a levé à peu près la moitié au jour où je parle, j'enregistre ce podcast, et qui va justement aller adresser ce trou dans la raquette de non-accès au financement pour des entrepreneurs, de la diversité, de l'innovation sociale partout sur nos territoires. Alors pour toi, qu'est-ce que ça représente et qu'est-ce que tu attends de Time4, sachant que toi, non seulement, ce n'est pas que tu attends, tu es un acteur comme nous, engagé au réussite de Time4.
MOUSSA CAMARA: Ça va changer quoi ? Ce que va changer ce projet que tu as si bien expliqué et que je suis très heureux de le porter avec toi et les autres HEC, Daphné et les autres partenaires, parce que c'était un projet nécessaire, qui n'existait pas aujourd'hui. Aujourd'hui, nous... Nous, comme vous, on accompagne des centaines, des milliers d'entrepreneurs ou des centaines d'entrepreneurs par an et on se contente des bons, malheureusement, quand ils développent un chiffre d'affaires et ils développent leur business et ils ont besoin d'aller plus loin, hop, la porte du financement est fermée. Elle est fermée ici. Parfois, ils vont même à l'étranger où ils arrivent à lever. Mais en France, on n'a pas les capitaux ou les capitaux ne vont pas forcément investir dans l'emploi. Les capitaux sont bien présents. C'est juste qu'ils refusent d'investir dans certains projets. Mais le Time4 est là pour essayer, comme tu le disais, de combler ce trou dans la raquette et permettre d'investir et surtout accompagner des boîtes issues de nos territoires ruraux, de nos quartiers populaires qui, comme les autres, ont des projets à potentiel. On n'est pas là dans la charité, on n'est pas là, c'est du business, on est là avec des boîtes et c'est économique. On est là avec des boîtes qui performent. Et l'objectif pour nous, c'est de les accompagner à surperformer encore plus et de faire en sorte que les partenaires qu'on investit dans ce fonds et qui se sont mobilisés autour de ce projet Time4 puissent, dans quelques années, dire ok, en fait, c'est vraiment une niche. Et en fait, là, nous, les premiers, c'est-à-dire on a une obligation de résultat parce que si on se rate, toutes celles et ceux qui n'y croyaient pas ont raison de dire ok, il y a une telle initiative qui n'a pas fonctionné, donc c'est normal qu'on n'investisse pas dans les entreprises de ces profils éloignés, de territoires ruraux, de quartiers populaires ou des outre-mer. Donc nous, notre objectif, il est simple, avec Time4, c'est, avec beaucoup d'ambition, c'est de créer les futures pépites de demain, quoi. Peu importe, et qui ont de l'impact. Peu importe d'où ils viennent, peu importe du territoire, ce qui nous compte c'est quelle est l'histoire qu'on va raconter avec eux pour pouvoir.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Aller faire x10, x5. Il va y avoir une toute nouvelle génération de rôles modèles, littéralement, qu'on ne voit pas aujourd'hui ou très peu dans les médias ou dans tous les événements, diversifiés pour donner envie à plein d'autres acteurs de faire la même chose et d'aller à beaucoup plus grande ampleur sur ce levier économique dont on n'arrête pas de parler ensemble parce qu'on y croit, je pense, tous les deux très fortement. Moussa, maintenant, c'est les dernières questions sur le leadership. Moi, je crois beaucoup au leadership. Tu as un leadership très fort, très impactant et très concret qui s'est manifesté déjà dans tout ton parcours de vie et qui ira, j'en suis certain, encore beaucoup plus loin. Si tu devais résumer un petit peu, parce qu'on l'a vu, tu es passé du monde associatif au monde de l'entrepreneuriat. Tu côtoies les grands de ce monde aussi, des hommes politiques, des patrons de boîtes. Mais oui, ce qui est formidable, ce qui est super, parce que tu as montré que tu avais osé, tout jeune déjà, aller pousser ces portes, comme cette fille aussi qui était devant le BDEF. Et tu rentres dans ces portes et t'es invité. C'est superbe. Si tu devais caractériser ton leadership en quelques mots, tu dirais quoi ? C'est quoi le leadership de Moussa ? Si j'interrogeais ton équipe qui bosse avec toi, qu'est-ce qu'ils.
MOUSSA CAMARA: Me diraient de Moussa ? Moi, j'ai toujours du mal à me définir comme leader parce que je pense que je porte des projets avec beaucoup de cœur à l'ouvrage et quand j'y crois, j'y vais à fond, je suis prêt à bousculer toutes les portes pour pouvoir y arriver. Et moi, je dis souvent qu'en fait, moi, j'aime beaucoup pousser les gens. J'aime beaucoup faire en sorte que les gens arrivent à leur meilleure version d'eux-mêmes seulement s'ils en ont envie et s'ils en sont capables. Et c'est ça en fait que je définis la chose, c'est de voir les gens grandir. Moi, j'aime bien prendre des jeunes qui arrivent forcément au tout début qui apprennent un truc et à la fin ils deviennent excellents. Et je leur donne plus de confiance pour faire grandir. Je pense que moi ma mission c'est de faire grandir les gens. Le truc que je kiffe le plus dans ce que je fais, donc j'aime le plus, c'est vraiment de faire grandir et évoluer les gens en même temps. Et les voir s'élever, etc. Bien évidemment, parfois il y a de l'ingratitude, parfois il y a peu de reconnaissance. Mais en fait, on ne le fait pas pour la reconnaissance. On le fait parce que c'est utile et quand on se lève le matin, on se dit est-ce que ce qu'on fait, c'est plus utile, ça fait plus de bien que de mal ? Et quand on a répondu à cette question, on est léger. C'est pour ça que j'ai tout le temps du mal à me définir comme un leader. Moi, je suis quelqu'un qui a une grosse envie de pouvoir faire ce que j'ai envie de faire, quand j'ai envie de le faire, sans me mettre des pressions. Et je sais que voilà, si ça peut servir d'exemple à certains jeunes qui parfois peuvent s'identifier à mon parcours, bah je suis très honoré, c'est tout. Mais voilà, j'ai pas une mission dans le sens où je me dis oui il faut que... Non, moi ma seule mission c'est de tirer les gens vers le haut seulement s'ils en ont envie et s'ils.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Sont convaincus par ça. Et ça se ressent très fortement. Moi, je peux dire, je connais Moussa depuis quelques années et puis voir les gens autour de lui, les entrepreneurs qui sortent aussi des réseaux Déterminés, c'est une force incroyable. Et en ça, Moussa, t'es un leader positif. Un leader positif, les mots que je rajoute, si tu veux, c'est quelqu'un qui est porté par une mission, une raison d'être. Ta raison d'être, elle est très claire, elle est superbement incarnée et qui, ensuite, est là aussi pour faire grandir les autres, révéler leur potentiel pour qu'ils en fassent plus et qu'ils osent en faire plus. Et à la fin, tout ça connecté à l'intérêt général. C'est de l'intérêt général que tu fais tous les jours. Et tu vois, ça, c'est les trois sphères de la psychologie positive. Il y a moi, moi et les autres, et moi et le monde et le bien commun. C'est exactement ça. Donc moi, évidemment, ça me donne beaucoup d'énergie en retour quand je suis avec toi, parce que tu diffuses tout ça. Alors je disais, tu as rencontré des CEOs, des gens comme Xavier Niel, tu as rencontré Laurent Bonafé, plein d'autres, Président Macron et autres. Quels sont ceux qui t'ont impressionné ? Alors des gens connus et peut-être des gens des fois pas connus du tout, parce que les gens pensent qu'il y a des célébrités qui impressionnent. Mais bon, il y a des fois des gens qui impressionnent qui ne sont pas des célébrités. Qu'est-ce que tu.
MOUSSA CAMARA: Ressortirais-je de tout ça ? Dans mon parcours, j'ai eu la chance et l'occasion de rencontrer énormément de gens, énormément de gens, des gens qui m'ont marqué positivement, des gens qui m'ont marqué négativement, et c'est comme ça, je pense que c'est la vie du truc et tout, mais en même temps moi, ceux qui m'ont inspiré et qui m'ont marqué le plus, je vous jure, ce sont des petits jeunes que je vois au quotidien, qui pensent qu'ils ne vont jamais réussir, et ça me renvoie à l'image que j'avais moi il y a quelques années, où je pensais que... dans ton quartier. Exactement, et finalement aujourd'hui j'ai accompli énormément de choses. Donc ces jeunes-là que je vois tous les jours qui me posent des questions sur comment j'ai fait pour en arriver là, c'est eux qui m'inspirent en vérité le plus. Moi je dis souvent je ne suis pas un génie, je ne suis pas un self-made man, je ne me suis pas fait tout seul. Je suis le fruit des rencontres, des mains qu'on m'a tendues et j'ai toujours été impressionné par des gens, pas pour ce qu'ils avaient ou ce qu'ils étaient, mais par le temps qu'ils donnaient, et par l'échange qu'ils avaient tu vois, et ça, pour moi c'est le plus important, et c'est ces moments parce qu'aujourd'hui je viens d'un parcours qui a été le mien mais parfois on peut avoir des points communs avec des gens qui n'ont pas du tout le même parcours que toi et c'est important, et pour moi c'est ça qui... qui m'intéresse et ça, ça m'a inspiré. Après, quand je rencontre le président de la République ou autre et tout, j'ai une relation professionnelle, mais il y a de l'humain dedans en vrai. Il y a de l'humain parce que ce sont des gens qui sont intéressants, ce sont des gens qui ont des responsabilités que je n'aurais jamais... je n'aurais jamais croisées dans ma vie, et finalement, on arrive en quelque sorte à avoir des points communs sur un certain nombre de sujets sur lesquels on fait avancer des choses. Alors, des fois ça marche, des fois ça ne marche pas, mais ce n'est pas grave, le but c'est d'avoir... c'est de continuer à impacter positivement autour de soi. Et en fait.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: C'est ça le truc. Quel a été le plus grand moment de doute que tu aies jamais eu dans toute ta vie, ton parcours ? Tu en as eu sûrement, j'en ai eu plein. Mais gros moment où tu t'es dit là, wow, ok, est-ce que je vais me relever ou là, wow, est-ce que je suis déterminé ou autre chose.
MOUSSA CAMARA: Va continuer, c'est Astrid ? Il faut que je réfléchisse parce qu'en réalité, les moments de doute, j'arrive.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: À les balayer rapidement. Je sais, c'est pour ça que je pense qu'ils sont rares avec toi. Tu les.
MOUSSA CAMARA: Les oublies, tu les oublies. En fait, soit je les oublie, soit dès que j'ai trop de doute, j'agis. Moi, je suis quelqu'un qui agit, je suis dans l'action. C'est-à-dire qu'en réalité, la meilleure façon, je dis souvent la meilleure façon de passer à l'action... Je ne sais plus ce que je dis, la meilleure façon d'agir, c'est de passer à l'action. Et en fait, le fait de passer à l'action, ça.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Évite tous les doutes. Donc tu ne restes pas dans.
MOUSSA CAMARA: Le doute en fait. Je n'essaie pas de rester dans le doute, mais des fois j'ai des moments de doute, quand en fait on me propose trop de choses, trop d'options, d'alternatives qui créent une confusion. En fait, là, je commence à avoir des moments de doute. C'est pour ça que j'aime bien avoir peu d'options et prendre une décision et avancer. Mais j'ai eu des moments de doute dans ma vie. Même le moment des déterminés, j'ai eu des moments de doute. Est-ce que c'était légitime ? Je ne suis pas légitime. Je me suis posé ces questions-là. Est-ce que c'est pour moi ? Ce n'est pas pour moi. Là, je sors d'un truc qui n'a rien à voir avec ce que je faisais avant. Mais en même temps, ça va voir, parce que j'étais entrepreneur et j'ai rencontré des difficultés. J'ai eu des moments de doute, bien évidemment. Et en fait, le moment aussi de créer les déterminés, d'aller sur un secteur comme l'entrepreneuriat, ça aurait pu être aussi un doute, mais que j'ai balayé rapidement et je suis passé à l'action. Et.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Finalement, j'ai bien fait. Tu as plus que bien fait, on est d'accord. Et moi, j'aimerais maintenant que tu partages avec nous un message que tu adresserais à des jeunes de 18, 20 ans, tous milieux, tous environnements dans notre pays, qui ont envie de faire des choses, mais qui n'ont pas confiance en eux, qui se disent, ce n'est pas pour moi, je ne suis pas prêt. En fait, tout ce que tu entends, le monde n'est pas fait pour moi. Qu'est-ce que tu leur dis à ce jeune-là ? Qu'est-ce.
MOUSSA CAMARA: Que tu lui dis ? Moi, le message que je peux faire passer à ces jeunes qui se posent des questions sur ce qu'ils veulent faire ou ce qu'ils peuvent faire, déjà d'une part, il ne faut pas être trop dans la réflexion. Comme je l'ai dit, c'est toujours l'action. Il ne faut pas attendre qu'un truc soit parfait. Commencez petit. Faites à votre niveau. Avec vos moyens. Et en fait, petit à petit, vous allez vous révéler. Vous allez gagner confiance en vous. Et petit à petit, vous allez rencontrer des gens qui vont croire en ce que vous faites. Mais si vous croyez fortement en ce que vous faites, il y aura forcément des gens qui vont croire en ce que vous faites et qui seront là pour vous tendre la main et vous permettre d'avancer. Donc, il y aura des moments de doute, il y aura des moments très difficiles parce qu'il n'y a rien sans rien. Mais si vous travaillez beaucoup, si vous croyez en votre projet, vous commencez petit et que vous rêvez grand, les choses vont finir par payer. Il ne faut jamais lâcher. — Jamais lâcher. — Jamais lâcher. — Ayez.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Confiance en vous, allez dans l'action, ne.
MOUSSA CAMARA: Jamais rien lâcher. — Et surtout, la confiance, être discipliné. Même quand c'est dur, vous vous.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Levez-vous, vous y allez. On y va tous les matins. On ne loupe pas le rendez-vous de 7h du mat' et on est à.
MOUSSA CAMARA: L'heure.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Non, c'est super. Voilà. Écoute, la toute dernière question. Si tu te projettes dans 10 ans, alors je sais, ces 10 ans, c'est.
MOUSSA CAMARA: Super loin. C'est 2035. En même.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Temps, ça passe vite. Ça passe tellement vite. Je peux dire, ça passe très vite, les années. Comment tu vois les déterminés dans dix ans ? Et surtout, quel est l'héritage que toi, tu aimerais laisser derrière ? Pas que ce soit fini, mais avec les déterminés, pour que ce mouvement se.
MOUSSA CAMARA: Poursuive, ce serait quoi ? L'héritage que j'aimerais laisser dans 10 ans, c'est que peu importe comment on finira les déterminés, je pense que le travail qu'on a fait, on a participé et contribué à démocratiser l'entrepreneuriat en France et je veux que dans 10 ans, les gens qui ont pu bénéficier de tout ça puissent exister, continuer à vivre de ce qu'ils font et de leur passion et surtout de retransmettre. Même si ça ne s'appellera plus les déterminés, ça partira d'un projet qui était les déterminés il y a 10 ans. Et en fait, je veux que ça, ça reste. Parce que je serai fier, peu importe si je prends un autre chemin ou parce que je ne pense pas que toute ma vie, je la ferai. J'en aurai terminé. Je vais faire autre chose, je pense. J'ai trop d'idées, j'ai trop de.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Trucs, j'ai trop d'énergie.
MOUSSA CAMARA: J'imagine que ça bouillonne. Mais j'espère que je verrai, je croiserai des gens qui, dans dix ans, diront grâce à ce programme-là, j'ai fait ça. En fait, ça, c'est un héritage, c'est une trace qu'on laisse. Et j'espère ça. C'est rien, c'est.
JEAN-PHILIPPE COURTOIS: Peu, mais c'est beaucoup. C'est beaucoup Moussa, toutes ces vies transformées, surtout des rôles modèles qui prendront le relais aussi, qui prendront ton relais. Écoute Moussa, ça a été un bonheur de te parler parce qu'à nouveau, j'aime énormément ce que tu accomplis et ce qu'on peut faire ensemble aussi. Il y a plein de belles choses à construire ensemble et on va le faire, donc je crois beaucoup. Et donc à tous nos éditeurs, si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à laisser un commentaire plus que sympa et 5 étoiles sur les plateformes de podcast. Et puis évidemment, de continuer à lire la newsletter Positive Leadership. Et puis, n'hésitez pas aussi à rejoindre, aller aux événements des Déterminés, de Live for Good, de toutes ces associations aussi qui agissent au quotidien, qui font des choses incroyables, qui font bouger les lignes, et qui font bouger ce levier à la fois social et économique dans notre pays, pour qu'ils donnent une chance à tous. Je vais finir là-dessus, ça, c'était un.
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